8 décembre 2021 - 08:34
Acheter une terre agricole : mission presque impossible
Par: Alexandre Brouillard

L’ex-président de l’UPA Richelieu-Yamaska, Sylvain Joyal, souhaite qu’une solution soit rapidement identifiée pour aider la relève à acheter des terres agricoles. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

La valeur foncière des terres agricoles dans la région a augmenté considérablement dans les dernières années. Une problématique qui possède plusieurs causes et conséquences, mais qui impacte principalement la relève agricole qui peine à accéder à la propriété de terres.

Dans les dernières années, la valeur foncière des terres agricoles a augmenté rapidement un peu partout au Québec. Une situation qui n’est pas étrangère dans la région. « Je dirais que la valeur moyenne des terres agricoles dans la région a augmenté entre 5 à 10 % dans les deux ou trois dernières années. Une situation qui n’aide pas la relève agricole », soutient Sylvain Joyal, agriculteur de Yamaska et ex-président de l’Union des producteurs agricoles (UPA) Richelieu-Yamaska.

Cette tendance à la hausse ne date pas d’hier. Au Québec, la valeur des terres agricoles vit une forte progression depuis la fin des années 1980. En 2020, l’augmentation dans la belle province a d’ailleurs atteint un niveau inédit en dépassant la moyenne canadienne. Une tendance qui ne semble pas vouloir s’essouffler, si bien que beaucoup de jeunes peinent à accéder à la propriété d’une terre cultivable.

« Actuellement, c’est très difficile pour un jeune de se lancer en agriculture. La transmission d’une terre aux plus jeunes générations est difficile. Alors certains achètent seulement de petites superficies de terres, mais environ 50 % des nouveaux agriculteurs ne réussissent pas à passer à travers les premières années », admet M. Joyal.

La spéculation au cœur des tourmentes

Selon M. Joyal, la spéculation est au cœur du problème, alors que le cadre législatif actuel permet à de gros investisseurs d’acheter des terres agricoles comme des institutions financières. « Ils sont là pour spéculer à 100 %, affirme-t-il sans détour. Après avoir acquis des terres, ils les louent à des producteurs agricoles. »

En effet, depuis 2010, des institutions financières comme la Banque Nationale ont acquis des milliers d’hectares de terres agricoles au Québec. Une situation qui est arrivée dans la région, selon M. Joyal. « C’est un phénomène qui met des bâtons dans les roues des petits agriculteurs », précise-t-il.

Bien que ce phénomène cause beaucoup de maux, Sylvain Joyal ne croit pas qu’il est possible d’interdire l’achat de terres agricoles par des groupes d’investisseurs.

« Dans un pays démocratique, on ne peut pas brimer les libertés des gens. Contrôler l’achat des terres a été fait ailleurs, mais je ne crois pas que ça pourrait fonctionner. Le marché capitaliste est ainsi fait », explique-t-il.

Des solutions

Pour l’UPA, la solution pourrait passer par de meilleurs schémas d’aménagement et de développement (SAD) élaborés par les municipalités, qui doivent prendre en considération l’apport économique des activités agricoles dans leurs municipalités.

Par ailleurs, les partis politiques provinciaux ont récemment présenté des pistes de solution à l’UPA. Pour Québec Solidaire, la solution du problème doit passer par l’établissement d’un registre public particulier pour suivre de façon plus transparente les transactions foncières en zone agricole.

Une solution qui n’a pas réussi à convaincre totalement M. Joyal. « Ce n’est pas tout le monde qui sera enclin à mettre sur nom sur un registre. Et sinon, on va voir apparaître des numéros de compagnies. […] Il faut assurément se pencher sur la question et trouver une solution pour favoriser l’accès aux terres agricoles à la relève », conclut Sylvain Joyal.

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