7 avril 2022
En action pour le lac Saint-Pierre
Des agriculteurs d’ici doivent renoncer à des parcelles de terres arables
Par: Alexandre Brouillard

Le vice-président de l’UPA Richelieu-Yamaska et producteur de grandes cultures à Saint-Robert, Patrick Benoit, voit le projet « En action pour le lac Saint-Pierre » d’un bon œil. Photo capture d’écran

En concordance avec le projet « En action pour le lac Saint-Pierre », des agriculteurs de la région doivent laisser 10 % de leur terre en bande de protection ou en culture pérenne.Une obligation du ministère de l’Environnement qui n’est pas bien accueillie par tous.

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Le vice-président du syndicat de l’Union des producteurs agricoles (UPA) Richelieu-Yamaska, Patrick Benoit, est directement concerné par ce projet, alors qu’il cultive biologiquement 150 hectares de terres arables dans le littoral du lac Saint-Pierre, ce qui représente plus de la moitié de son espace cultivable.

« La zone inondable de récurrence 0-2 ans du lac Saint-Pierre doit être plus protégée, indique d’emblée M. Benoit. C’est une loi du ministère de l’Environnement, on ne peut pas faire autrement. »

Ce projet, qui a vu le jour en février 2019, a comme objectif d’encourager de diverses façons l’adoption de pratiques culturales reconnues pour leurs impacts positifs sur l’habitat faunique, la qualité de l’eau ainsi que sur la santé et la conservation des sols dans le littoral du lac Saint-Pierre.

Au total, le projet concerne 84 entreprises agricoles et 69 % de l’ensemble de la superficie cultivée de cette zone, ce qui représente 3462 hectares cultivés alentour du lac Saint-Pierre.

Le projet oblige entre autres les agriculteurs à instaurer des bandes riveraines de cinq mètres le long des cours d’eau et de trois mètres le long des fossés. « Ensuite, ils doivent ajouter des superficies en culture pérenne, c’est-à-dire mettre ça en foin ou autres cultures qui ne seront pas récoltés. On doit aussi mettre des cultures de couverture ou intercalaires entre nos cultures principales », précise M. Benoit.

Le vice-président de l’UPA Richelieu-Yamaska admet que le projet exige beaucoup d’adaptation de la part des agriculteurs situés dans le littoral du lac Saint-Pierre. « Nos revenus diminuent à cause du 10 % de terres qu’on doit laisser en culture pérenne ou en bande riveraine. Par exemple, pour moi, ça représente 15 hectares de terres que je ne cultive plus. C’est beaucoup », explique-t-il.

Il estime que 90 % des agriculteurs situés dans le littoral du lac Saint-Pierre dans la région sont déçus par le projet. « Obliger quelque chose à un producteur, ce n’est pas facile à faire accepter. Beaucoup considèrent le projet comme une expropriation déguisée sans rémunération. C’est une perte monétaire », confie M. Benoit, en précisant que le ministère de l’Environnement n’accompagne pas les agriculteurs dans le processus.

Accepter pour le bien-être de l’environnement

Malgré les nombreuses concessions qu’impose ce projet à certains agriculteurs, Patrick Benoit croit qu’il s’agit d’un passage obligé pour favoriser le bien-être de l’environnement. « C’est important de protéger le littoral parce que ce sont des terres fertiles », assure-t-il.

Selon l’UPA, la santé de l’écosystème du lac Saint-Pierre est actuellement préoccupante en raison des usages humains. La qualité de l’eau est mauvaise à certains endroits et la plaine inondable est en perte d’habitats de qualité.

« Je suis sûr qu’il existe une bonne façon de cultiver les terres dans le littoral du lac Saint-Pierre, pour que ce soit un mix entre la préservation de la faune, de l’eau et que ce soit rentable pour les cultivateurs », conclut Patrick Benoit.

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