18 mai 2022
Des citoyens exaspérés des épisodes de poussière de Richardson
Par: Jean-Philippe Morin

Des employés se sont affichés sur les réseaux sociaux lors du déchargement de maïs, vers la fin avril. Photo tirée de Facebook

Des citoyens du centre-ville sont exaspérés des épisodes de poussière de maïs qui sont de plus en plus nombreux. Photo tirée de Facebook

Plusieurs citoyens et commerçants du centre-ville de Sorel-Tracy ont été importunés par un autre épisode de poussière dans l’air en raison d’un transbordement de maïs à l’entreprise Richardson, vers la fin du mois d’avril. Ils veulent des solutions permanentes à un problème qui, selon eux, dure depuis trop longtemps.

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Un navire d’une capacité de 30 000 tonnes a été chargé au quai de Richardson pendant quelques jours. Il s’agissait de maïs provenant de producteurs de la MRC de Pierre-De Saurel devant être exporté vers l’Europe. Or, lors du chargement, de la poussière de maïs a été poussée par le vent vers le centre-ville, se déposant sur les voitures, sur les vêtements ou dans les climatiseurs.

Yan Défossés habite au centre-ville depuis maintenant sept ans. Même s’il résidait à proximité d’un port et près d’une autoroute dans une autre ville auparavant, jamais il n’a subi autant de désagréments que lors des dernières années à Sorel-Tracy avec la pollution de l’air.

« C’est chronique et répétitif, dénonce-t-il. Les citoyens, on est plutôt tolérants, mais quand l’épisode de poussière s’étire comme vers la fin avril, on est moins patients. On ne sent pas que l’entreprise se préoccupe de nous ou met les efforts nécessaires pour régler le problème. Non seulement ça crée des désagréments au quotidien, mais c’est inquiétant pour la santé aussi. »

La citoyenne Corina Bastiani, résidente du centre-ville et conseillère municipale de 2005 à 2013 dans le Vieux-Sorel, abonde dans le même sens. « Ça fait longtemps qu’on en parle. Quand j’étais conseillère, j’ai rencontré, avec le maire Réjean Dauplaise, les dirigeants de l’entreprise. C’était aussi discuté à l’époque du maire Marcel Robert. Il y a des solutions à apporter, on veut simplement comprendre. Sur son site web, Richardson se vante d’être en faveur du développement durable et en lien avec sa communauté. Tout ce qu’on veut, ce sont des investissements, pas des mises à pied », indique-t-elle.

En 2018, un comité de suivi formé de citoyens, commerçants et élus avait été constitué pour trouver des solutions avec l’entreprise afin de régler la problématique. Parmi les investissements effectués par Richardson, on compte deux canons à eau (dust bust) qui visent à limiter la propagation de poussière dans les airs en formant un écran. Or, même s’ils étaient en fonction lors du dernier incident, ils n’ont pas fait le travail espéré en raison des vents dominants à ce moment, apprend-on dans une publication Facebook du conseiller municipal du Vieux-Sorel, Jocelyn Mondou.

« C’est justement quand il y a des vents qu’on en a besoin », ironise le citoyen Yan Défossés.

Keven Hébert, qui possède plusieurs bâtiments au centre-ville et qui faisait partie de ce comité, peut en témoigner : les épisodes de chargement de maïs sont non seulement désagréables, mais dommageables.

« Pour le bâtiment de la place Charles-De Montmagny, on venait de laver les fenêtres. Passe devant maintenant, tu vas voir que ça n’a rien donné… Au moins, dans les fenêtres, ça ne les brise pas, mais pour les airs climatisés de nos bâtiments, c’est autre chose », témoigne M. Hébert, qui invite les citoyens à porter plainte au ministère de l’Environnement.

Plaintes et signalements

Le directeur général de Richardson, Dante Manocchio, n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.

Selon ce qu’on peut apprendre du conseiller Jocelyn Mondou, dans sa publication Facebook du 29 avril dernier, quatre signalements lui ont été faits concernant les épisodes de poussière. « M. Manocchio m’a démontré une collaboration pour essayer de trouver une solution à ce problème », écrit-il.

Le conseiller recommande aux citoyens de formuler leurs plaintes auprès du ministère de l’Environnement du Québec par courriel ou via le formulaire en ligne ou en composant le numéro 1-866-694-5454.

« Il est prévu que je rencontre prochainement M. Dante Manocchio pour discuter de ce dossier », conclut M. Mondou dans sa publication.

Pour sa part, Keven Hébert souhaite que M. Manocchio soit aussi réceptif que son prédécesseur. « M. [Serge] Laperrière avait pris la situation au sérieux, j’espère que ce sera le cas pour le nouveau directeur aussi », conclut-il.

Le ministère de l’Environnement confirme avoir reçu une plainte le 22 avril en lien avec l’émission de poussières. Une inspection a été réalisée le jour même chez Richardson, confirme la relationniste du ministère, Caroline Cloutier.

« Lors de cette inspection, les émissions de poussières ont effectivement été constatées. Le Ministère évalue présentement les actions à poser, en conformité avec la Directive sur le traitement des manquements et n’écarte aucun recours pour assurer un retour à la conformité. Le Ministère suit le dossier de près et collabore avec ses partenaires, notamment la Ville et la Direction de la Santé publique (DSP) », écrit-elle par courriel.

Plus de chargements?

Par ailleurs, il n’est pas impossible que le nombre de chargements de maïs au quai de Richardson augmente dans les prochains mois. Selon ce qu’on peut apprendre dans l’édition du 16 mars 2022 du journal La Terre de chez nous, la guerre en Ukraine a des impacts ici. Richardson tente de répondre à la demande grandissante de l’Europe, incapable de s’approvisionner en Ukraine, en affrétant des cargos chargés de maïs québécois. Pour cette raison, le maïs frôle les 400 $ par tonne, selon Tony Frenza, marchand de grains pour le Québec chez Richardson International, qui a accordé une entrevue au média spécialisé en agriculture. « Le prix est monté de 70 $ la tonne en deux semaines. C’est du jamais-vu sur une si courte période », avait-il dit à ce moment.

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