7 février 2024 - 08:24
Conseil municipal de Contrecœur
Des citoyens flirtent avec la limite du respect
Par: Alexandre Brouillard

La mairesse de Contrecœur, Maud Allaire a été surprise par la demande de démission du citoyen Norbert Dallaire. Photo capture d’écran

Le 23 janvier, à la dernière séance du conseil municipal, les élus contrecœurois se sont fait talonner par des citoyens assoiffés de réponses. Quelques-uns ont toutefois flirté avec la limite du respect, ramenant ainsi sur la table les questions du respect de la démocratie et de la fatigue psychologique des élus.

« Je vais demander votre démission », a lancé sans gants blancs Norbert Dallaire à la mairesse Maud Allaire, alors qu’il était insatisfait des réponses reçues.

Surprise, la mairesse a réussi à garder son sang-froid. « Ha mon dieu! […] Ma conversation avec vous est finie », a-t-elle répondu au citoyen, qui est demeuré un moment au lutrin, insistant pour obtenir une réponse. Le conseiller Claude Dansereau a dû intervenir pour que l’homme lâche le morceau.

Une parmi tant d’autres à Contrecœur, cette période de questions houleuse est survenue quatre mois après que la Ville ait publié un communiqué demandant aux gens d’être respectueux envers les employés municipaux. Ce communiqué faisait suite au cri du cœur de Mme Allaire lancé la veille au conseil.

Le 23 janvier, les élus ont été bombardés de questions touchant plusieurs sujets : véhicule de la Ville aperçu au Costco, mêlée générale lors d’un match des Mustangs de Contrecœur et les 20 000 arbres qui seront abattus dans le cadre du projet du Port de Montréal à Contrecœur.

La période de questions a d’ailleurs pris une tournure saugrenue lorsque le citoyen Robert Bissonnette a questionné la mairesse concernant la masse salariale des directeurs de services. « Avec 15 directeurs, on a 1 455 471 M$ de salaire », a-t-il avancé.

Visiblement exaspérée par cette intervention, Maud Allaire a répondu que la masse salariale de Contrecœur est plus faible que la majorité des villes. « C’est pour ça qu’on a une fuite de personnel. Vous voulez quoi? Qu’on donne des patates et des carottes? », a-t-elle rétorqué.

De plus, lorsque la mairesse répondait à la question de Jean Roux concernant un emprunt de la Ville, ce dernier lui a coupé la parole. « [Ne] prends pas tout mon temps de mon cinq minutes », a prévenu le citoyen.

Maud Allaire a alors indiqué qu’elle prenait le temps qu’elle voulait. « J’arrête avec vous immédiatement parce que ça devient impoli », a-t-elle avisé.

Une mairesse optimiste

Jointe par notre journaliste quelques jours après la séance, Maud Allaire était optimiste. Elle n’était pas surprise de la teneur des questions. « J’aurais pensé avoir plus de gens que ça », a-t-elle mentionné.

Questionnée concernant les propos vexatoires tenus à l’égard d’employés municipaux et d’élus, la mairesse soutient que la situation s’est calmée depuis septembre.

« [La Régie interne] de certaines villes est plus sévère que nous. Certaines villes allouent trois minutes par question et 30 minutes pour la période de questions. Je pense qu’on est transparents, qu’on est à l’écoute des citoyens et qu’on leur donne beaucoup de latitude pour s’exprimer », explique Mme Allaire. Contrecœur alloue cinq minutes par question et 60 minutes pour la période de questions.

Elle rappelle qu’en janvier 2021, une campagne nationale sur le respect de la démocratie avait été lancée pour notamment consolider le lien de confiance qui unit les citoyens à leurs institutions démocratiques.

Fatigue psychologique

Maud Allaire admet tout de même que la pression envers les élus, qui peut venir de propos vexatoires, est un enjeu de tous les instants, et ce, partout au Québec. Récemment, plusieurs élus ont pris des pauses et ont tout simplement démissionné. Pensons à Évelyne Beaudin (mairesse de Sherbrooke), à Jean Lamarche (maire de Trois-Rivières) et à Isabelle Lessard (ex-mairesse de Chapais). Sans oublier la mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui a subi un malaise en point de presse et à la mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, qui était sous sécurité policière en raison de menaces de mort proférées à son endroit.

À ce sujet, en tant qu’administratrice au conseil d’administration de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), Maud Allaire rappelle qu’un fonds alloué par le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH) existe pour venir en aide aux municipalités aux prises avec des problèmes de violence verbale.

« Il va aussi y avoir un comité de travail sur la démocratie dans le respect pour faire en sorte qu’on sensibilise et éduque les citoyens à montrer du respect quand ils viennent au micro », indique Mme Allaire.

À ce sujet, elle termine en informant qu’un programme d’aide psychologique pour les élus est en préparation, notamment grâce au travail de l’UMQ.

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