22 novembre 2022
Cégep de Sorel-Tracy
Des témoignages lèvent le voile sur une panoplie d’irritants
Par: Alexandre Brouillard

La direction du Cégep de Sorel-Tracy cause de nombreux maux chez des employés qui se sont livrés au journal Les 2 Rives. Photo Alexandre Brouillard | Les 2 Rives ©

Leadership déficient, banalisation d’événements, roulement de personnel créant un exode de talents, sourde oreille de la directrice générale face aux multiples doléances; voilà les fruits de plusieurs témoignages récoltés par le journal Les 2 Rives, qui dressent le portait du mal qui afflige le Cégep de Sorel-Tracy. Selon les mécontents, la solution est simple : un changement radical s’impose à la tête du collège.

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Cinq employés du Cégep du Sorel-Tracy ont longuement discuté avec notre journaliste d’une situation qu’ils décrivent comme étant « toxique » et qui s’est détériorée ces derniers mois.

Ces cinq employés ont été interrogés à différents moments et n’ont aucun lien entre eux.

Ces employés, issus de deux syndicats différents, et qui ont requis l’anonymat par craintes de représailles, s’entendent pour dire que si rien n’est fait pour améliorer la situation, la réputation du collège pourrait être ternie pour longtemps. « Depuis trois ans, le Cégep s’écroule, annonce sans détour Marc-André*, qui a lui-même contacté notre journaliste. Encore deux années comme ça et je ne suis pas sûr que le Cégep pourra s’en remettre! »

Selon les employés, la banalisation de plusieurs événements de la part de la direction générale est au cœur du problème.

Robert, un employé bien au fait du dossier, rapporte que la direction « ne se préoccupe pas » de la compétition avec les autres cégeps et que Stéphanie Desmarais, depuis son arrivée à la tête du collège il y a trois ans, ne poursuit pas le travail entamé sous Fabienne Desroches, l’ex-directrice générale. « En 2024, le Cégep Édouard-Montpetit aura sa technique en éducation spécialisée. C’est vraiment de mauvais augure pour nous. Il risque d’attirer beaucoup d’étudiants de la Rive-Sud qui seraient venus étudier à Sorel-Tracy. Mais, pour notre direction, ce n’est pas inquiétant », expose Robert.

Ce dernier cite également l’exemple de la technique policière. Dans les cartons depuis plusieurs années à Sorel-Tracy, la direction actuelle aurait « tassé cette option d’un revers de main malgré les nombreux efforts déployés par plusieurs employés dans les dernières années ».

« Fabienne [Desroches] se serait battue bec et ongle pour éviter ça et pour protéger notre établissement », ajoute Nicole.

Pour Marc-André, l’avis des employés n’est dorénavant plus pris en considération par la direction. « Ça crée beaucoup d’inquiétudes pour le personnel. […] La direction n’arrête pas de dire que tout va bien, mais il règne un climat d’indifférence pendant que le Cégep coule! », s’inquiète Marc-André.

Pour les employés rencontrés, ce climat a provoqué le départ de beaucoup d’employés, et donc, l’exode de nombreux talents. « Ce sont les étudiants qui perdront au change », prédit Albert.

Selon Derek, environ 15 % des effectifs du personnel de soutien ont quitté le navire depuis janvier. « Il y a un énorme roulement qui crée beaucoup de problèmes. J’ai même recensé les départs de 13 cadres depuis que la directrice générale est en poste. On ne sait même plus qui est notre supérieur immédiat. Il y a de gros problèmes de communication », déplore-t-il.

Un leadership inexistant?

Les employés qui se sont confiés à notre journaliste ont tous souligné un « leadership inexistant à la direction générale », sans parler des difficultés des employés à rencontrer Stéphanie Desmarais pour partager leurs problématiques. « Essayer de la voir, c’est presque impossible! Elle est soit absente ou pas à l’écoute », déplore Nicole.

« Elle était absente lors de la dernière rentrée parce qu’elle était en vacances! Ça ne se fait tout simplement pas, sachant que le collège est plongé dans une crise sans précédent. C’est un manque de leadership flagrant », expose-t-elle, complètement déconcertée.

« On se targue d’être un petit collège à taille humaine… mais, actuellement, les gens ne sont pas traités comme ils le devraient », ajoute Albert.

Dans un courriel transmis à tous les employés le 21 octobre dernier, Stéphanie Desmarais avait écrit que « la direction générale est très accessoire dans un collège comme un chef dans un orchestre. […] [L]es belles choses qui fonctionnent bien, tout ça est possible parce que vous êtes tous là. »

Ainsi, pour Nicole, le problème est justement là. « Elle doit mieux exprimer son leadership, qui ne doit pas être accessoire. »

Selon les cinq employés, la façon dont la direction a accueilli la nouvelle du vote de non-confiance intersyndical le 18 octobre démontre que Mme Desmarais ne va pas au fond des problèmes et traite les enjeux seulement « en surface ».

Face à tous les problèmes soulevés par les employés rencontrés, ils croient tous qu’il est trop tard pour que la démarche de diagnostic organisationnel annoncée par le Cégep règle la situation. « Le lien de confiance est brisé », ont-ils exprimé à l’unanimité.

La directrice générale Stéphanie Desmarais a refusé notre demande d’entrevue.

*Nous avons utilisé cinq noms fictifs pour les besoins de l’article, soit Nicole, Marc-André, Albert, Robert et Derek.

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