6 avril 2022
Des Ukrainiens d’ici toujours rongés par l’inquiétude
Par: Alexandre Brouillard

Yevgen Kostiuchenko a toujours des membres de sa famille et des amis en Ukraine. Photo gracieuseté

Olena Pokhvalii n’arrive pas à vivre paisiblement depuis l’invasion russe de l’Ukraine. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

Le temps et la distance n’agissent pas tels des baumes pour les ressortissants ukrainiens de la région. Alors que cinq semaines se sont écoulées depuis l’invasion russe de l’Ukraine, Olena Pokhvalii et Yevgen Kostiuchenko sont toujours rongés par l’inquiétude.

Publicité
Activer le son

Arrivé en 2018 à Sorel-Tracy, Yevgen Kostiuchenko a l’impression de vivre un cauchemar perpétuel depuis l’entrée des premiers soldats russes en Ukraine. « C’est une journée très longue et mauvaise que je vis sans cesse, confie-t-il d’emblée. Bien que ma vie soit terminée là-bas, j’ai toujours des membres de ma famille et des amis qui y vivent. »

Son frère et sa famille ont quitté Kramatorks, une ville industrielle de l’oblast de Donetsk, la semaine dernière, après un mois de combats. Son frère lui a même confié, dès les premières journées du conflit, qu’il voulait venir le rejoindre au Canada. Ce qui est toutefois impossible en raison de la loi martiale, déclarée le 24 février, qui interdit à tous les hommes de 18 à 60 ans de quitter le pays.

« Il voudrait venir au Canada, mais c’est impossible. Beaucoup d’hommes, comme lui, doivent rester au pays, combattre et laisser partir leur femme et leurs enfants vers des lieux sécuritaires », raconte M. Kostiuchenko avec beaucoup d’émotion.

Pour sa part, Olena Pokhvalii a l’impression que le temps s’est arrêté. « C’est comme si la vie n’est plus belle. On est toujours dans l’attente de nouvelles de nos proches. C’est impossible de nous sortir ça de la tête. Un grand sentiment d’impuissance m’habite toujours », confie-t-elle.

Les membres de sa famille, qui habitent dans l’oblast de Donetsk à seulement 40 kilomètres de la ligne de démarcation, ont récemment quitté leur maison pour se diriger vers le centre du pays. « La Russie a annoncé qu’elle allait se concentrer plus sur l’est de l’Ukraine. Ils devaient quitter le pays pour leur sécurité », explique celle qui habite à Sorel-Tracy depuis 2012 avec sa famille.

Bien que les Ukrainiens de la région peuvent s’épauler entre eux, M. Pokhvalii souligne que ce n’est pas toujours évident. « J’ai une amie de Sorel-Tracy dont sa famille vit à Mariopol. C’est complètement horrible ce qui se passe là-bas. La ville est complètement rasée », raconte-t-elle avec tristesse.

Un peuple courageux et résilient

Pour Olena Pokhvalii, il ne fait aucun doute que les Ukrainiens sont des gens courageux et résilients. « Ils le font pour notre pays, clame-t-elle. Beaucoup ont quitté le pays, mais plusieurs jeunes sont restés pour défendre l’Ukraine. De notre côté, on aide monétairement. »

Un ami de Yevgen Kostiuchenko combat actuellement aux côtés de l’armée ukrainienne. « Il est resté et combat l’ennemi. C’est inquiétant parce que je n’ai pas de nouvelles de lui depuis trois ou quatre semaines », confie-t-il.

« Les Ukrainiens sont très courageux, assure-t-il. J’espère que tout ira pour le mieux, mais dans la guerre, il n’y a jamais de gagnant. »

Les deux Ukrainiens souhaitent que le gouvernement du Canada soit en mesure d’accueillir des réfugiés le plus rapidement possible. « Beaucoup de pays européens sont surchargés. La Pologne a déjà accueilli plusieurs milliers d’Ukrainiens. Le Canada est une belle option. J’espère que le processus s’accélérera », conclue Olena Pokhvalii.

image