14 juin 2022
Drôle de façon!
Par: Louise Grégoire-Racicot

Depuis le début des années 80, Louise Grégoire-Racicot pose son regard sur la région comme journaliste à travers les pages du journal Les 2 Rives. Depuis février 2018, à titre de chroniqueuse, elle livre maintenant chaque semaine son opinion sur l'actualité régionale.

Le juge a tranché : Serge Péloquin est destitué pour un an. Sorel-Tracy devra élire un nouveau maire qui sera en poste jusqu’en novembre 2025. Mais il refuse de démissionner avant le 7 juillet, freinant ainsi la sortie de crise qui sévit depuis la fin d’avril.

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La loi le permet. Son avocat avait prévenu de cette possibilité. Serge Péloquin témoigne d’une ténacité rageuse qui n’ajoute guère à sa crédibilité.

Car paradoxalement, dans une lettre ouverte aux Sorelois, publiée dans La Presse samedi dernier, il se qualifie « d’ex-maire » et écrit : « Dans les minutes suivant ce jugement, que j’ai accepté et choisi de respecter ». Puis il déplore que l’administration municipale lui ferme désormais les portes de son bureau. « Je quitte mes fonctions la tête haute, mais demeure préoccupé par le style de gestion qui régnera désormais au sein de l’administration de Sorel-Tracy ».

Il faisait alors allusion au refus du conseil de rendre public le rapport dans lequel il expliquait sa décision de recourir à l’écoute électronique et des avis juridiques qui y étaient attachés.

Pourtant le conseil avait ses raisons de retenir ces documents « formés en substance de renseignements personnels au sens des articles 53, 54 et 59 de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels, lesquels prévoient que les renseignements personnels doivent demeurer confidentiels », a justifié le Service du greffe au journal. Quant à l’avis juridique, il est protégé par le secret professionnel (article 9 de la Charte des droits et libertés de la personne). Les conseillers ont aussi estimé que ces documents pouvaient nuire à la réputation d’un employé. Ils ont donc préféré attendre que la Commission municipale du Québec et l’UPAC aient mis fin à leurs enquêtes pour décider de la suite à donner.

Oui, cet élément manquant peut empêcher le citoyen de se faire une tête sur la situation, s’il ne se satisfait pas d’un jugement de cour. Pourtant, personne n’empêche M. Péloquin d’exposer les raisons de son geste, s’il le juge toujours à propos. Pourquoi ne le fait-il pas?

Chose certaine, sa décision de ne quitter que le 7 juillet sème l’incertitude. Quelle place peut-il prendre? Laquelle lui laissera-t-on prendre, lui qui est destitué?

À la table des maires, qui tenait une assemblée de la MRC le soir même du jugement, on a décidé d’avance comment agir s’il s’y présentait, comme la rumeur le voulait. Ce qu’il n’a heureusement pas fait. Des remplaçants ont été nommés par intérim là où il siégeait. Reste que pour le moment, la Ville de Sorel-Tracy n’est guère présente sur les c.a. du parc éolien et de la Société de transport que M. Péloquin présidait. Un statut qui devra être révisé à court terme, ces dossiers en étant d’importance pour la ville-centre.

Rester 30 jours de plus retarde aussi l’élection d’un successeur et ajoute des délais à divers dossiers – dont la tenue d’assemblées générales aux comités qu’il présidait. Sans compter les frais additionnels à la Ville tant en rémunération qu’en frais d’avocats.

Voilà une bien drôle de façon de témoigner de son attachement à la Ville et à ses citoyens et de mettre un terme au bilan plus que positif qu’il s’attribue dans sa lettre adressée aux Sorelois. Dommage.

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