9 août 2022
Dure semaine…
Par: Jean-Philippe Morin

Photo NathB

Comme journaliste depuis plus de 11 ans et directeur de l’information depuis bientôt 9 ans, j’ai couvert plusieurs nouvelles choquantes, bouleversantes et même traumatisantes.

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Ma première affectation majeure a été celle du 29 août 2011, à Yamaska. Le chauffeur de taxi du village, Réal Nadeau, a été emporté dans la rivière Yamaska, alors que le rang sur lequel il circulait s’est affaissé d’un seul coup. Deux voitures sont tombées avec au total trois occupants; deux ont pu s’accrocher, mais pas M. Nadeau.

Pour avoir parlé aux témoins dans le village les jours suivants, l’émotion était à son comble. Je me souviens que c’était venu me chercher à ce moment; les gens qui se tenaient par les épaules en regardant la rivière Yamaska, les pleurs, les inquiétudes de ne jamais retrouver le corps…

Depuis les années, j’ai appris à me forger une carapace, mais ce n’est jamais facile. J’ai rencontré beaucoup de gens endeuillés : parents, enfants, employeurs après des accidents de travail, etc. Chaque fois, il faut savoir peser les mots, autant dans les entrevues que dans les textes, pour bien honorer la mémoire des disparus. Et non, on ne s’habitue pas, parce qu’il est nécessaire de ne pas négliger trois choses : bien rapporter les faits, vérifier, contre-vérifier les histoires racontées et surtout, être respectueux dans nos démarches.

Au cours des dernières semaines, la région n’a pas été épargnée en nouvelles malheureuses. Un enfant de 7 ans est décédé dans un malheureux accident à Massueville. De nombreux incendies ont éclaté sur le territoire, mettant des familles à la rue. La dernière semaine a été particulièrement difficile : un féminicide a eu lieu, puis un cas de rage au volant a coûté la vie à un motocycliste deux jours plus tard. En à peine un mois, Sorel-Tracy était sur toutes les lèvres au Québec pour de bien tristes événements. Sans parler du dossier de la surveillance électronique de l’ex-maire Serge Péloquin les mois d’avant…

Peu importe l’ampleur de l’événement, il est important pour nous de prendre notre travail au sérieux. De laisser les familles vivre leur deuil, tout en rapportant bien les événements, dans le respect.

Pas une de plus

Ce qui m’amène à parler du féminicide. François Chapdelaine, 34 ans, a été formellement accusé mercredi dernier de meurtre au deuxième degré d’Audrey-Sabrina Gratton, 43 ans, son ex-copine. Il s’agit du sixième féminicide au Québec, et du deuxième en seulement 14 mois dans la grande région de Sorel-Tracy. Les souvenirs du 9 juin 2021 sont encore frais dans ma mémoire, alors que Lisette Corbeil a perdu la vie lorsque son ex-conjoint David Joly l’a tuée, puis s’est suicidé à Contrecœur.

Chaque fois qu’un féminicide survient au Québec, ça capte mon attention. Encore plus quand c’est près de chez nous. Je n’arrive pas à concevoir qu’un homme puisse perdre les pédales à ce point pour s’en prendre à une femme. Enlever la vie de son ex, c’est le geste de contrôle ultime envers la femme. Personne ne devrait en arriver là.

Mesdames, il existe des ressources. La Maison La Source et SOS violence conjugale sont là pour vous. N’hésitez pas à en parler à vos proches, à des amies ou à des organismes.

Messieurs, pour vous aussi, il existe des ressources. La Maison Le Passeur, avec sa Maison Oxygène, fait des miracles avec les hommes. Avant d’en arriver au pire, décrochez le téléphone, parlez à quelqu’un. Pas une de plus SVP.

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