16 janvier 2024 - 07:02
Chronique humoristique
Entretien avec un piano
Par: Stéphane Fortier

Le journaliste Stéphane Fortier a déjà publié un livre rempli d’entrevues avec des objets. Il récidive en publiant un entretien humoristique avec un objet chaque deux semaines dans le journal Les 2 Rives. Photo Jean-Philippe Morin | Les 2 Rives ©

Votre journaliste, qui devrait être enfermé dans une chambre capitonnée et vêtu d’une camisole de force, a eu l’idée de jaser cette fois, avec un… piano.

Journaliste : Qui êtes-vous d’abord?

Piano : Je suis un instrument de musique polyphonique à clavier dont les cordes sont frappées par des marteaux.

J : Flûte! J’étais pourtant sûr que vous étiez un piano.

P : Bon, un virtuose de l’imbécilité. Ça commence bien.

J : Autre question, vous êtes un mâle ou une femelle?

P : Je suis un piano à queue, ça vous donne une idée. Et pas touches.

J : Et quand vous rencontrez une femelle, vous lui dites?

P : Bonjour! Magamme.

J : On m’a raconté que vous aviez été en conflit avec une guitare.

P : C’est vrai. On ne s’accordait pas.

J : Oh! Je vois que vous avez l’air de souffrir un peu.

P : J’ai des problèmes avec mon Do. Je dois voir mon accordeur. Faut pas que je dièse avec ça.

J : On m’a dit aussi que vous aviez été à l’école.

P : Oui, et j’avais toujours de bonnes notes, tu sauras.

J : Blanches ou noires? Ah! Ah! Ah! Ah!

P : T’es vraiment con, toi, hein? Peu importe, je ne suis pas raciste.

J : Avez-vous des enfants?

P : Oui, et elle s’appelle Mélodie.

J : Mélodie vénérienne? Ah! Ah! Ah! Ah!

P : Toi, tu vas finir par avoir un coup de marteau.

J : Vous n’avez pas un garçon, aussi?

P : Je vois que t’es bien renseigné. Oui, Octave qu’il s’appelle et pas de jeu de mots sinon je te joue un concert de bêtises.

J : Vous avez déjà rencontré plusieurs personnalités politiques, m’a-t-on dit.

P : Oui, le dernier en date était le député solidaire Sol Zanetti, dans un hôtel. En quittant, il avait oublié sa clé de chambre et je me suis dit, tiens, c’est la clé de Sol.

J : Que préférez-vous pour déjeuner? Des céréales Kellorgue? Ah! Ah! Ah!

P : …? Mets-la en sourdine, veux-tu? Et puis, achèves-tu ton entrevue? Ma patience ne s’en va pas en crescendo, si tu vois ce que je veux dire.

J : Désolé. Vous vous êtes lié d’amitié avec une chanteuse américaine.

P : Ah! Vous parlez de Madame Oven. Elizabeth de son prénom. C’est celle qui avait arrosé son siamois avec une canne de peinture. Elle l’appelait son petit chat peint.

J : Son petit Chopin?

P : En passant, un pianiste serait très malheureux comme joueur de hockey. Il joue toujours sur le banc. Ah! Ah! Ah! Moi aussi, je peux dire une symphonie de niaiseries.

J : Avez-vous peur de l’avenir?

P : Oui, mais là, je mettrais un bémol là-dessus. J’espère juste que je ne perdrai jamais les pédales. Remarque que perdre les pédales, ce n’est vraiment pas dans mes cordes. Je dois dire clavier difficile parfois. En passant, je t’invite au concert commandité par les fromages Saputro. Mozart est là, que cela s’appelle.

J : Me joueriez-vous une petite toune avant de partir?

P : Je peux te jouer une grosse toune.

J : Une grosse toune, c’est une toutoune? Ah! Ah! Ah! Bon, ben bye, là.

P : Ouf! (soupir).

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