30 janvier 2024 - 08:06
Entretien avec une poubelle
Par: Stéphane Fortier

Le journaliste Stéphane Fortier a déjà publié un livre rempli d’entrevues avec des objets. Il récidive en publiant un entretien humoristique avec un objet chaque deux semaines dans le journal Les 2 Rives. Photo Jean-Philippe Morin | Les 2 Rives ©

Oui, je sais, je sais, les poubelles n’existent plus, ce sont des bacs bleus, verts, bruns ou noirs qu’on utilise, mais malgré tout, j’en ai encore une chez moi, en plastique, et comme elle se sentait seule, j’ai pensé que je pouvais lui piquer une petite jasette. Quand on est fou…

Journaliste : Salut! Je suis journaliste et j’aimerais vous interviewer.

Poubelle : Journaliste? Aïe, j’ai tu une poignée dans le dos?

J : Non, sur les côtés.

P : Très drôle. Mais tu sauras que je suis très sélectif dans ma collecte d’entrevues.

J : Qu’auriez-vous aimé faire dans la vie?

P : Aller à l’université pour avoir mon bac.

J : On m’a dit que vous aviez été marié?

P : Oui, et ma conjointe était du genre à rester toujours à la maison. Je l’appelais mon ordure ménagère.

J : Et elle s’appelait comment?

P : Elizabeth Barbara Isabelle

J : Et vous avez divorcé?

P : Oui, elle émettait un peu trop de biogaz et j’ai dû finalement signer une décharge.

J : Vous allez souvent magasiner, m’a-t-on dit.

P : Oui, je vais régulièrement à l’Éco-centre d’achat.

J : D’où vous êtes, vous pouvez voir la télé du voisin. Des films que vous avez appréciés?

P : J’aime plutôt les films trash, mais j’ai bien apprécié Le père Noël est une ordure. Ou encore le film de Blanche Neige et la scène quand la vilaine reine demande : « Oh! Miroir, dis-moi qui est la poubelle? »

J : J’imagine que vous aimez aussi la chanson Ce soir je serai la poubelle pour aller danser… Ah! Ah! Ah!. Euh bon, passons.

P : Oui. Celle-là tu peux la jeter.

J : Y a-t-il des vedettes à la télé que vous aimez particulièrement?

P : Yves Corbeille, peut-être.

J : Suivez-vous le hockey?

P : Je peux panier que j’aime le basketball. J’ai bien aimé les Thrashers d’Atlanta, dans le temps et j’aime beaucoup l’éboueur du Canadien.

J : Les joueurs du Canadien, vous voulez dire. Des choses que vous trouvez désagréables?

P : Des couches pleines, des sacs verts pas attachés, des kleenex usagés…

J : Vous avez quand même eu une belle vie?

P : J’ai toujours pensé que je menais une vie d’ange.

J : Quel avenir vous réserve-t-on selon vous?

P : Là, je suis vidé. Je manque beaucoup d’énergie renouvelable. J’ai pensé me recycler, mais bof… Je sais que je n’en ai plus pour longtemps, que je vais me retrouver dans les pages des avis de déchets et qu’on va m’enterrer dans un site d’enfouissement. Mais si on met sur le bord de la rue, puis-je être sûr que les vidangeurs vont me ramasser?

J : Une anecdote en terminant?

P : Savais-tu que l’on doit mon nom à Eugène Poubelle, préfet à Paris de 1883 à 1896? Il a décidé de signer le 24 novembre 1883 un arrêté obligeant les Parisiens à rassembler leurs ordures dans des récipients de bois garnis de fer blanc (authentique).

J : Et bien à la revoyure, monsieur poubelle.

P : Pas de problème, je serai toujours fidèle au… compost.

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