17 mars 2022
Rareté d’enseignants au Québec
Le Centre de services scolaire de Sorel-Tracy n’enregistre aucune classe vacante
Par: Alexandre Brouillard

Actuellement, le Centre de services scolaire de Sorel-Tracy ne répertorie aucune classe vacante. Photothèque | les 2 Rives ©

Alors que les enseignants qualifiés se font de plus en plus rares au Québec, le Centre de services scolaire (CSS) de Sorel-Tracy ne répertorie actuellement aucune classe vacante grâce à diverses tactiques. Des solutions que la présidente du Syndicat de l’enseignement du Bas-Richelieu, Lisette Trépanier, qualifie « de court terme ».

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Selon de récentes données du ministère de l’Enseignement supérieur, le programme d’enseignement au secondaire présente l’un des plus faibles taux de diplomation au Québec parmi les principaux cursus offerts dans les établissements universitaires de la belle province.

Malgré cette situation provinciale peu enviable, le CSS de Sorel-Tracy parvient à fournir un enseignant à toutes ses classes grâce à plusieurs tactiques. « On réussit à trouver notre personnel, de sorte qu’il n’y a aucune classe actuellement vacante grâce à notre système de suppléants », indique la directrice des Services du secrétariat général et des communications du CSS de Sorel-Tracy, Laurence Cournoyer.

Parmi les tactiques employées, le CSS engage des enseignants suppléants qui ne sont pas légalement qualifiés. « Ce sont des gens qui n’ont pas de brevet d’enseignement ou qui sont en cours d’obtention, des gens qui ont des équivalences ou des personnes qui ont fait des études dans d’autres domaines jugés pertinents. Par exemple, quelqu’un qui possède un baccalauréat en littérature peut enseigner en français. […] Par contre, ça représente beaucoup de mouvements de personnel et des changements d’enseignants dans une même classe peuvent arriver à quelques reprises durant l’année », détaille Mme Cournoyer.

Dernièrement, le CSS de Sorel-Tracy a même eu recours à la technologie poly-x50 dans cinq classes. « C’est-à-dire que l’enseignant donne le cours de sa maison aux élèves qui sont présents physiquement dans la classe. Un surveillant est toutefois avec les élèves dans la classe. C’est une solution alternative qu’on utilise lorsqu’on n’a vraiment pas de plan B », explique Laurence Cournoyer.

Par ailleurs, le CSS de Sorel-Tracy a aussi approché des enseignants à la retraite pour les convaincre de faire un retour sur le marché du travail.

Des solutions de court terme

Pour Lisette Trépanier, les différentes tactiques mises de l’avant par le CSS de Sorel-Tracy fonctionneront seulement à court terme.

« Tu ne peux pas engager quelqu’un qui est non légalement qualifié pour une carrière complète, affirme-t-elle. Ce sont des solutions d’urgence. »

Cette dernière craint que la pénurie d’enseignants ait des impacts sur les étudiants. « Pour un élève, la stabilité, c’est primordial. Un parent m’a récemment confié que son enfant a un enseignant non légalement qualifié depuis deux ans. C’est sûr qu’un jour, il y aura des impacts », craint-elle.

Un enjeu provincial

Bien que le CSS de Sorel-Tracy s’organise bien jusqu’à présent, il devra redoubler d’efforts, alors que de moins en moins d’étudiants diplômés en enseignement sortent des universités au Québec.

« C’est une situation qui est connue depuis quelques années, admet Caroline Vallée, agente d’administration à la dotation au service des ressources humaines du CSS de Sorel-Tracy. Toutefois, cette pénurie d’enseignants s’est accentuée dans les dernières années. »

À titre d’exemple, les trois dernières cohortes des programmes d’enseignement à l’Université Laval présentent un taux de diplomation moyen de 61,4 % (primaire et secondaire), tandis qu’à l’Université de Sherbrooke, ce sont 63,5 % des étudiants qui ont obtenu leur diplôme dans le même domaine.

Lisette Trépanier a également remarqué la diminution du nombre de diplômés universitaires. « Les classes universitaires en enseignement sont moins pleines et moins de jeunes souhaitent étudier dans ce domaine », soutient-elle.

Pour Caroline Vallée, la diminution du nombre d’étudiants diplômés en enseignement s’explique de différentes façons. « Pour diverses raisons, plusieurs étudiants ne complètent pas leurs études, tandis que d’autres prennent plus de temps que prévu pour les compléter. Donc, les besoins en enseignants qualifiés grandissent continuellement », précise-t-elle.

Ainsi, la présidente du Syndicat de l’enseignement du Bas-Richelieu croit que le ministère de l’Éducation devra régler le problème à long terme. « La pénurie est due à tous les gouvernements confondus. Ça fait des années que les enseignants sont malmenés et que les tâches sont de plus en plus lourdes. Beaucoup d’enseignants quittent leur profession plus tôt que prévu en raison des piètres conditions. D’autres font leur baccalauréat en enseignement et ne demeurent pas dans la profession. Il faut absolument revaloriser la fonction d’enseignant », avance-t-elle.

Localement, Laurence Cournoyer soutient que les nouveaux candidats diplômés sont difficiles à trouver en raison de la situation géographique particulière de la région. « On est dans une région un peu plus éloignée et le bassin de candidats n’est pas aussi grand qu’à Montréal », conclut-elle.

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