7 février 2024 - 08:15
Le Sorelois Martin Coiteux se dit fier de son cheminement
Par: Stéphane Fortier

Martin Coiteux, alors ministre de la Sécurité publique, de passage à Sorel-Tracy lors de l’inauguration du centre de détention, en mai 2017. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

Les personnalités originaires de Sorel-Tracy qui ont marqué l’histoire du Québec de leur empreinte ne se comptent plus et ce, dans tous les domaines, en particulier dans les milieux économique et politique. Martin Coiteux en est une belle démonstration.

Martin Coiteux s’est surtout illustré comme économiste, même si tous se souviennent de lui comme homme politique. Pourtant, il n’a œuvré dans ce domaine que seulement quatre ans, le temps d’un mandat pourtant fort déterminant puisqu’il a été ministre de la Sécurité publique et président du Conseil du Trésor. Mais bien avant de se lancer en politique, Martin Coiteux avait déjà atteint une grande notoriété dans le domaine de l’économie.

La genèse

Né le 5 février 1962 à Sorel, Martin Coiteux, durant son enfance, a dû s’adapter à de fréquents déracinements. « Quand je suis né, nous habitions un appartement sur la rue Victoria, mais rapidement, nous avons déménagé d’abord sur le boulevard Cournoyer puis sur De Marquis à Tracy. J’ai fait mes études primaires de la maternelle à la troisième année à l’école Saint-Jean-Bosco. Mon père était gérant de la succursale UAP à Tracy et ma mère infirmière à l’hôpital Hôtel-Dieu. Je garde de beaux souvenirs du temps où nous demeurions à Tracy. Mais en 1971, mon père a été transféré à Sept-Îles. Il a vendu la maison de Tracy à mon oncle qui a pris la relève de mon père chez UAP. J’avais 9 ans. Entretemps, la plus jeune de mes sœurs étaient née à Sorel. J’ai terminé mon primaire à Sorel. Ça été une autre vie que celle-là, mais de belles années près de la nature. Une époque où les enfants jouaient dehors », insiste Martin Coiteux qui précise que deux de ses cousins habitent encore Sorel-Tracy aujourd’hui.
Après Sept-Îles, la famille Coiteux revient dans le coin, si on peut dire, puisqu’ils emménagent à Saint-Hyacinthe où Martin poursuit ses études secondaires. « J’ai finalement terminé mes études secondaires à Belœil suite à un autre déménagement », nous dit Martin Coiteux de qui on aurait pu dire qu’il portait des bottes de sept lieues à l’époque.
Après des études collégiales à Saint-Hyacinthe où l’un de ses profs d’économie, un monsieur Lévesque, aura une grande influence sur le reste de sa carrière, il s’inscrit à l’Université de Sherbrooke. Il obtient un baccalauréat en sciences économiques de l’Université de Sherbrooke en 1985.
« Je m’intéressais à tout ce qui touche l’histoire, la politique, l’économie et les sciences sociales, bref, à tout ce qui avait un impact sur la vie des gens. Mais si on peut être autodidacte en bien des matières, je me rendais compte qu’en économie, la lecture seule ne suffisait pas pour en comprendre toutes les subtilités. Une bonne formation s’imposait et j’ai choisi Shebrooke pour le programme coopératif qui permettait de faire des stages rémunérés », justifie M. Coiteux.
Étant un jeune homme libre et autonome, doté d’un esprit indépendant, Martin Coiteux part pour l’Ontario et complète une maîtrise en sciences économiques de l’Université Queen’s en 1986. « J’ai passé l’examen pour entrer aux Affaires extérieures, mais ils considéraient seulement ceux qui étaient pourvus d’un deuxième cycle. J’aurais très bien pu faire une carrière diplomatique et, comme Queen’s était réputée, et s’avérait une véritable référence en économie, je suis donc parti pour Kingston », relate celui qui a pu, du même coup, parfaire son anglais.
À Genève, on pouvait cumuler l’économie et l’international. « Il y avait une ouverture à d’autres disciplines et j’ai fait mon doctorat en économie internationale de l’Institut universitaire de hautes études internationales de Genève en 1991. J’ai passé cinq ans en Suisse et j’y ai rencontré ma première épouse avec qui j’ai eu deux enfants », raconte Martin Coiteux.
Son passage en Suisse aura été déterminant. « J’y ai acquis de grandes valeurs, une ouverture aux différentes cultures linguistiques. Cela a été très formateur. En Suisse, ils ont une grande capacité de faire (Know How), c’est un pays calme et prospère, entouré d’autres pays fascinants (France, Italie, Allemagne) », de rappeler Martin Coiteux.

Économie et politique

De retour à Montréal, Martin Coiteux, arrivant dans une période de récession économique, ne trouve pas automatiquement du travail à son arrivée. « Cela a pris un an avant d’avoir un poste permanent », précise-t-il. Il devient professeur adjoint puis agrégé à HEC Montréal pendant presque 20 ans (1993-2012), représentant principal à la Banque du Canada pour la région du Montréal de 2012 à 2014 ainsi que partenaire universitaire pendant 18 ans de Étude économique conseil, un bureau d’étude dans le domaine de l’économie appliquée et de la consultation managériale. « Les gens m’associent surtout à la politique et pas aux questions internationales. Pourtant, j’ai contribué, au cours de ma carrière, aux enjeux internationaux », affirme-t-il.
Et la politique? « À l’époque, le Parti québécois formait un gouvernement minoritaire. Mais il y avait aussi différents enjeux internationaux qui m’interpellaient et en jasant avec mon épouse, on se demandait ce que je pouvais faire, comment je pouvais contribuer. À ce moment, je n’œuvrais pas dans la sphère publique et je ne me prononçais pas sur les grands enjeux. Une semaine avant l’élection, je n’étais même pas candidat, ni même membre du Parti libéral. Yolande James, députée de Nelligan, a annoncé qu’elle ne se présentait pas dans Nelligan. Comme c’était la circonscription où j’habitais, j’ai demandé qui se présentait. Le Parti, à son tour, m’a demandé si j’étais intéressé. J’ai dit non sur le coup puis, on m’a demandé mon CV. Daniel Johnson m’a ensuite appelé et m’a convaincu d’être candidat, mais à la condition que cela soit dans la circonscription où j’habitais. J’ai fait partie du trio économique présenté lors de la campagne électorale », se souvient Martin Coiteux.
Élu dans Nelligan, il devient président du Conseil du Trésor où il aura notamment à négocier avec la fonction publique. « C’est particulier comme poste, méconnu. On ne connaît pas trop ses fonctions dans le public. Ce n’est pas comme le ministre des Finances ou de l’Éducation. Le Trésor, c’est ce qui se gère avec l’ensemble des ministres. C’est là où on va l’avant avec des initiatives ou qu’on les rejette. Moi j’ai beaucoup aimé la partie négociation au Trésor. J’y ai beaucoup appris. Cela a été fascinant. Quand les ententes ont été conclues, il y a eu un sentiment de mission accomplie », de mentionner Martin Coiteux.
Ce dernier devient ensuite ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire, ministre de la Sécurité publique, et ministre responsable de la région de Montréal jusqu’en octobre 2018. Il décide de ne pas se représenter à l’élection suivante. « Je ne regrette pas mon passage en politique. Humblement, je crois avoir donné le meilleur de moi-même. J’ai contribué, je crois, à ce que les choses soient meilleures qu’avant mon passage », croit-il.
Après un passage à la Caisse de dépôt et de placement du Québec (CDPQ), il revient à ses premières amours à HEC Montréal à titre de professeur associé au Département d’affaires internationales. Avec sa deuxième épouse, il vit parfaitement heureux avec le sentiment du devoir accompli et une carrière digne de mention.

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