3 août 2022
Quatrième incendie en 2022 à une résidence de la rue Victoria
Le voisinage veut passer à autre chose
Par: Katy Desrosiers

Mario Pelletier et Robert Marki, deux voisins du 119, rue Victoria, ont hâte que la résidence soit démolie. Photo Katy Desrosiers | Les 2 Rives ©

Depuis février 2022, quatre incendies se sont déroulés au 119, rue Victoria, dont trois depuis le 23 juin. Les gens du voisinage, qui n’en peuvent plus de voir la résidence ainsi, espèrent qu’elle sera bientôt démolie.

Publicité
Activer le son

Mario Pelletier habite à côté depuis 43 ans. Il affirme que l’endroit est passé dans les mains de quelques propriétaires et que de nombreux locataires s’y sont succédé. Depuis le premier incendie en février 2022, l’endroit est inhabité.

M. Pelletier craint qu’un incendie ne finisse par atteindre sa maison ou son garage et se répande aux maisons autour. Comme les résidences du quartier ont parfois plus de 100 ans, il croit qu’un incendie serait très ravageur.

Avec les événements, le résident est plus aux aguets. « Je me couche le soir et quand j’entends du bruit, je descends, raconte-t-il. On ne sait pas qui met le feu. Est-ce que c’est quelqu’un qui veut que ça se jette à terre, quelqu’un qui en veut au propriétaire ou quelqu’un qui a juste décidé de mettre le feu là et un moment donné il va le mettre ailleurs? On ne sait plus sur quel pied danser, c’est ça que je trouve plate. On est toujours sur le qui-vive. »

Un « nic à feu »

Tous les citoyens rencontrés ont hâte que la maison soit démolie. M. Pelletier a contacté la Ville pour savoir si elle serait démolie. On lui a répondu que des procédures étaient en cours. « Je ne blâme personne, je sais qu’ils sont obligés de suivre les lois et attendre, mais un moment donné, il vient que tu te tannes », lance-t-il.

La Ville de Sorel-Tracy a en effet confirmé au journal qu’un processus judiciaire était enclenché, pouvant mener à une démolition.

M. Pelletier trouve désolant de voir une telle maison dans le quartier, alors que ses voisins et lui, bien qu’ils aient de vieilles maisons, en prennent soin. « C’est devenu quasiment une risée. Le monde arrête tout le temps. Ils font leur stop et je les vois jaser dans leur char. Le jour où ils vont la mettre à terre ou la renipper, il y a du monde qui vont être content », assure Mario Pelletier.

Huguette Beaucage, qui habite depuis neuf ans dans un logement en face, croit qu’il n’y a plus rien à faire avec le bâtiment.

« Ça fait quatre fois que ça passe au feu, ça suffit. […] C’est bon pour être jeté à terre. Ça fait dur. C’est un nic à feu », raconte Mme Beaucage.

« Admettons qu’il aurait venté cette journée-là, les tisons, ça sortait, ça s’en allait chez Mario, ajoute-t-elle. Qu’est-ce que tu penses que ça aurait fait? C’est tout collé. Un moment donné il faut qu’ils fassent de quoi avec ça, ça n’a pas de bon sens. »

Robert Marki habite tout près sur la rue Phipps. « On a vu des jeunes partir en courant. C’est la lumière et l’odeur du feu qui nous ont réveillés. J’ai trois enfants, c’est sûr que c’est inquiétant », explique-t-il.

M. Marki affirme qu’en temps normal, le coin est assez tranquille. Il craint qu’un cinquième incendie survienne et avoue que sa conjointe ne dort presque plus. « On attend juste qu’ils mettent ça à terre, il n’y a plus rien de bon. S’il y avait un enfant qui rentre là-dedans… Ils ont déjà trouvé des animaux morts après le premier feu, c’est l’enfer », relate-t-il.

Marc Cournoyer habite dans un logement en face. Il déplore que le dossier traine et les coûts reliés aux interventions. « Les pompiers, ça fait quatre fois qu’ils viennent. Combien ç’a coûté ces quatre fois? […] Il faut que la Ville travaille fort là-dessus pour mettre le bulldozer là-dedans », laisse-t-il tomber.

M. Cournoyer trouve que l’apparence du bâtiment fait mauvaise presse face aux visiteurs, entre autres ceux qui passent nombreux lors des soirs de matchs des Éperviers.

Une maison sous la loupe

Alors que l’enquête de la Sûreté du Québec se poursuit concernant l’incendie survenu dans la nuit du 24 au 25 juillet au 119, rue Victoria, le conseiller du quartier Jocelyn Mondou confirme avoir logé une demande de démolition pour le bâtiment, et ce, avant les incendies.

Le conseiller du Vieux-Sorel a reçu des plaintes de résidents concernant la maison bien avant les incendies. Sous toute réserve, il croit avoir logé quatre requêtes au Service de l’urbanisme.

« Pourquoi j’ai amené ça au Service de l’urbanisme, c’est parce que les gens se plaignaient de va-et-vient et la maison était délabrée. Ça demandait des réparations. J’en suis venu à la conclusion qu’il faudrait que la Ville démolisse ce bâtiment-là. […] Ma demande est faite, ça doit faire plus d’un an », explique M. Mondou.

Le processus judiciaire est entamé, mais il ne sait pas celui-ci est rendu à quelle étape.

Le porte-parole de la Sûreté du Québec, Louis-Philippe Ruel, explique que l’enquête en cours semble mener à la thèse de l’incendie criminel. Les policiers enquêtent présentement afin de tenter d’identifier d’éventuels suspects.

Le directeur du Service de protection et d’intervention d’urgence de Sorel-Tracy, Roger Lamanque, explique que le bâtiment ne menace pas de s’effondrer. Si jamais un autre incendie survenait, le bâtiment a été classé afin que les pompiers attaquent de l’extérieur. Il mentionne que la bâtisse comporte des risques parce qu’elle a déjà été incendiée, mais rappelle qu’elle ne menace pas de s’effondrer.

Un propriétaire inquiet

Le propriétaire du bâtiment, qui a préféré taire son nom, assure qu’il supporte la police dans son enquête. Il affirme qu’il a toujours épaulé ses locataires malgré leurs différentes situations sociales, que ce soit dans ces logements ou à d’autres. Il est tout de même inquiet de voir ces incendies survenir, ainsi que d’autres dans le passé dans le même secteur. Il espère que ceux-ci s’arrêteront.

image