Tous les entrepreneurs contactés sont d’accord pour dire que ce sont surtout leurs clients qui absorberont les coûts, soit Rio Tinto Fer et Titane, ArcelorMittal et Sorel Forge. Mais, par la bande, ils seront touchés. « Leurs ventes risquent de baisser, et leur premier budget à couper, c’est la maintenance et les pièces de remplacement, ce qu’on fait surtout. C’est là que ça va nous impacter », explique le directeur de production chez Atelier d’Usinage Côté & Audet (AUCA), Rénald Boucher.
Le président des Aciers Régifab, Maxime Lesiège, anticipe aussi un impact pour son entreprise qui emploie 65 personnes. « De notre côté, on n’exporte pas aux États-Unis, mais ailleurs au Canada. Ça va avoir un impact si nos clients sont touchés, ce qui va arriver éventuellement. Par exemple, Rio Tinto n’est pas exclusivement reliée aux États-Unis et fait aussi affaire en Europe, donc ça pourrait l’aider, mais s’il ralentit, ça va avoir un impact sur nous, c’est sûr », croit-il.
De son côté, le président d’Aciers Richelieu – Usinage St-Laurent, Éric Durand, ne voit pas de signe de ralentissement, même s’il anticipe que cela pourrait arriver plus tôt que tard. « On a un bon carnet de commandes pour les six prochains mois. En hydroélectricité, ça va bien. On est en croissance », souligne celui qui emploie 175 personnes dans ses deux usines.
AUCA compte entre 10 à 15 % de ses produits qui sont exportés vers les États-Unis, estime M. Boucher, qui voit tout de même le verre à moitié plein. « Quand on a entendu la possibilité de la menace de 25 %, on a demandé à nos clients s’ils allaient ralentir les achats. Ils nous disent que ça ne devrait pas vraiment changer parce qu’ils n’ont pas d’alternative. Il y a des sous-traitants aux États-Unis, mais ils sont déjà occupés. Il y a un équilibre présentement entre l’offre et la demande qui ne changera pas rapidement selon moi. On pense que nos clients vont continuer d’acheter chez nous, même si cette hausse de 25 % va freiner des projets ou des investissements, ce qui pourrait ralentir le volume à court terme », croit le directeur de production.
Faire face aux défis
Le principal défi des Aciers Richelieu et d’Usinage St-Laurent repose sur l’approvisionnement d’acier. S’approvisionner en Europe prend entre six à huit semaines, alors qu’aux États-Unis, on parle de deux semaines. « Il faut que je jongle avec ça parce qu’on fait des jobs pour les shutdown et la maintenance, donc on ne peut pas passer tout droit. On peut penser que Justin Trudeau va répliquer avec 25 % sur l’acier qui rentre au Canada. Reste à savoir si on assume le coût d’importation de l’acier des États-Unis. Par exemple, la semaine passée, j’ai commandé du stock en Europe parce que j’avais une livraison de trois semaines de plus. Même si c’est plus long, on va faire de l’overtime et le prix du surtemps va compenser la livraison. C’est avec ça qu’on doit jongler. Nos contrats sont à prix fixe, je ne peux donc pas arriver avec une augmentation du prix à mes clients », indique-t-il.
Maxime Lesiège assure que lorsque la taxe de 25 % sur les exportations de produits d’acier était entrée en vigueur en 2018-2019, son entreprise n’avait pas été beaucoup affectée. Le président des Aciers Régifab ne s’inquiète donc pas de cette nouvelle menace et compte bien s’y préparer. « C’était déjà un choix d’entreprise, depuis les deux dernières années, de se diversifier et d’aller chercher d’autres marchés. Par exemple, dans le naval, ça fait partie de notre vision. Mais à court terme, on aide Rio Tinto à reconstruire son four #1, donc si Rio Tinto ralentit, ça va nous toucher », souligne-t-il.
AUCA compte 30 employés et Rénald Boucher assure qu’il fera tout pour tous les garder. « Déjà que c’est difficile de recruter, il va falloir innover et être plus agressifs pour aller chercher des contrats. Pour l’économie, une telle mesure, ce n’est pas fameux. On peut s’attendre à une baisse de profits », conclut le directeur de production.