3 août 2022 - 07:00
Clientèle encore plus présente et moyens limités
L’inflation joue des tours aux organismes d’aide alimentaire
Par: Jean-Philippe Morin

Le directeur général du CAB du Bas-Richelieu Ando Andrianady et son équipe demandent à la population d’être généreuse en dons et denrées, même l’été. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

L’inflation a bondi de 8,1 % au Canada en juin 2022 par rapport à l’année précédente, soit la plus forte progression annuelle depuis 1983. Ce soubresaut de l’économie affecte les citoyens tous les jours, mais aussi les banques alimentaires de la région qui doivent user de créativité pour aider la population.

Au Centre d’action bénévole (CAB) du Bas-Richelieu, on a constaté une hausse de la clientèle. « Nous avons 266 bénéficiaires d’aide alimentaire en ce moment, soit 94 de plus qu’à pareille date en 2021 », témoigne son directeur général, Ando Andrianady. En plus, chaque mercredi après le marché, alors que les gens viennent chercher des aliments, les tablettes sont souvent vides.

Parallèlement, les organismes sont toujours sous-financés, rapporte M. Andrianady. « Il faut toujours faire plus avec moins. Un moment donné, on doit faire des choix. Par exemple, dans nos déjeuners-écoles, le lait est tellement devenu cher qu’on a dû le changer pour du jus. On s’entend que ce n’est pas l’idéal, mais c’est un choix qu’on a dû faire », explique le directeur général.

Parlant des déjeuners-écoles, le nombre de bénéficiaires a également augmenté depuis la pandémie. Ils sont passés de 70 enfants à 198. « Maintenant, on va directement dans les foyers, si bien qu’on a 148 enfants bénéficiaires au primaire en plus de 50 frères et sœurs de ceux-ci. C’est deux fois et demi plus, donc c’est sûr que la hausse du coût des aliments nous touche directement », témoigne M. Andrianady.

Même chose pour le service de popote roulante, alors que le repas a dû passer de 6,75 $ à 7,50 $ en avril dernier. « Une hausse de 75 sous, c’est beaucoup pour cette clientèle surtout âgée, mais on n’a pas eu le choix. On a négocié le meilleur prix avec notre fournisseur, le Manoir Soleil, pour pallier la hausse du coût des aliments », adresse le DG.

En plus, le CAB a dû ajuster le coût de l’essence pour ses bénévoles, passant de 42 à 47 sous du kilomètre en raison de la hausse récente des prix à la pompe. « On est vraiment touchés de partout », remarque-t-il.

Selon Ando Andrianady, la demande pour l’aide alimentaire ne s’estompe pas, même en plein été, alors que les dons de la population sont surtout concentrés lors de la période de Noël.

« On a de l’aide de Moisson Rive-Sud et de Super C, mais ce n’est pas encore assez. On aimerait beaucoup que la population nous aide. On invite les gens à donner des sous ou des denrées 12 mois par année », indique le directeur général, qui salue entre autres l’initiative de Denis Gélinas, du Complexe de la 30, qui remet 750 $ par mois de cartes-cadeaux du Super C pour l’achat de viande aux plus démunis. « Si ça peut inciter d’autres entrepreneurs à le faire, tant mieux! », conclut-il.

Pas de fermeture l’été au G.E.S.T.

Pour la première fois, le Groupe d’Entraide Sorel-Tracy (G.E.S.T.) demeure ouvert cet été.

« Cette année, voyant que les demandes ne diminuaient pas l’été comme d’habitude mais qu’elles augmentaient, on a décidé de ne pas fermer. On aide 180 familles par semaine, c’était impensable pour nous de les priver de nourriture cet été », relate le directeur général du G.E.S.T., Gil-Emil Laflamme.

Ce dernier, qui estime que son organisme donne entre 25 000 $ et 40 000 $ de nourriture par semaine, remarque que l’inflation amène une nouvelle clientèle.

« Le portrait de la pauvreté change. L’inflation est la raison pourquoi on aide de plus en plus des familles avec des parents qui ont un emploi, mais qui n’y arrivent pas. De plus en plus de pères ou de mères ayant un emploi pilent sur leur orgueil et viennent nous voir », témoigne M. Laflamme.

Un mois d’août axé sur la générosité à La Porte du Passant

Avec la hausse du prix des aliments, La Porte du Passant compte aussi sur la générosité des gens. « Oui on reçoit des dons, mais il faut quand même acheter des aliments puisqu’on nourrit entre 80 et 90 personnes par jour, en plus de trois soirs. Notre coût de revient est plus cher et on n’ose pas trop monter nos prix pour ne pas impacter notre clientèle, puis on ne peut pas toujours demander des spéciaux à nos fournisseurs non plus », élabore la directrice générale de l’organisme, Marie-Josée Averill.

Malgré tout, la population se montre généreuse envers La Porte du Passant, surtout au mois d’août, alors que deux collectes importantes ont lieu. D’abord, le 10 août, il s’agira de la cinquième année de l’initiative « Le 10 août pour tous ». Des restaurateurs de la région remettront 10 % du montant de la facture à l’organisme cette journée-là. Puis le 31 août, la traditionnelle épluchette de maïs se tiendra dans les locaux de la rue Phipps. En échange d’un don, les citoyens pourront profiter de hot-dogs et maïs gratuitement.

« Les gens peuvent nous aider à l’année, que ce soit des produits non périssables ou même périssables puisqu’on les cuisine sur place. Les gens nous connaissent, mais parfois l’été, on pense moins à donner aux organismes. N’hésitez pas, on a toujours besoin de vous », conclut Mme Averill.

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