21 octobre 2021
Ex-détenus ou personnes avec un casier judiciaire
L’Orienthèque sensibilise les employeurs à ne pas se passer d’une main-d’œuvre compétente
Par: Jean-Philippe Morin

Une conseillère en emploi de L’Orienthèque se rend au centre de détention de Sorel-Tracy quatre jours par semaine pour aider des détenus à se préparer pour un emploi lorsqu’ils sortiront de prison. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

Dans le cadre de la Semaine nationale de la réhabilitation sociale qui a eu lieu du 12 au 15 octobre, L’Orienthèque tient à sensibiliser les employeurs à ne pas se priver de personnes ayant un casier judiciaire quand vient le temps de procéder à une embauche, surtout en cette période de pénurie de main-d’œuvre.

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Cathy Harvey et Mélissa Boisclair-Trudel, deux conseillères en emploi à L’Orienthèque, insistent sur la réhabilitation sociale lorsque vient le temps de trouver des solutions à la pénurie de main-d’œuvre.

« Notre message dans le cadre de la Semaine nationale, c’est qu’on aimerait voir une plus grande ouverture des employeurs. Encore aujourd’hui, certains passent à côté d’une main-d’œuvre intéressante. Ce n’est pas parce que quelqu’un a un casier judiciaire qu’il n’a pas les atouts pour travailler. C’est prouvé qu’un emploi est un grand succès qui porte à ne pas récidiver, ça leur permet de se sortir la tête de l’eau bien souvent », martèlent les deux conseillères, en entrevue.

L’Orienthèque accompagne également les personnes voulant effacer leur casier judiciaire. « C’est très hasardeux et coûteux aujourd’hui. Bien souvent, il faut attendre après la probation qui dure deux ans, puis après une période d’admissibilité qui dure cinq ans. Donc certaines personnes doivent attendre sept ans avant d’effacer leur casier. En 2021, ça tourne autour de 1000 $ une demande de pardon. Imaginez si la personne n’a pas d’emploi pendant tout ce temps », ajoutent les conseillères.

D’ailleurs, il est même probable que certains candidats détenant un casier judiciaire soient admissibles à la subvention salariale selon les critères de Services Québec, ce qui représente un incitatif supplémentaire à ne pas négliger pour des employeurs potentiels.

Des programmes qui fonctionnent

Depuis 2009, L’Orienthèque offre un programme de préparation à l’emploi directement au centre de détention de Sorel-Tracy. Quatre fois par semaine, une conseillère à l’emploi se rend à la prison soreloise pour rencontrer des détenus voulant s’orienter vers un travail à leur sortie de détention. Bon an mal an, une centaine de personnes utilisent ce service par année.

En 2016, des services externes se sont ajoutés. Outre l’aide apportée pour les demandes de pardon, l’organisme conseille les chercheurs d’emploi ayant un casier judiciaire dans une démarche d’orientation (conception de CV, retour vers la formation, etc.). Une quarantaine de personnes bénéficient de ces services externes par année.

« On va d’abord évaluer les objectifs de la personne et on va l’aider en fonction de ce qu’elle veut faire et de ses compétences. On va la préparer à appliquer sur des emplois en établissant des questions potentielles ou en lui fournissant une liste d’employeurs potentiels », indiquent Cathy Harvey et Mélissa Boisclair-Trudel.

Le rôle de L’Orienthèque n’est toutefois pas d’appeler les employeurs pour leur faire part des bienfaits d’embaucher une personne ayant un casier judiciaire. C’est pourquoi les deux conseillères tenaient à profiter de la Semaine nationale de la réhabilitation sociale pour le faire dans les médias.

« Dans le cadre d’un déjeuner-conférence en 2018, on a fait un exercice. On a montré des profils aux participants et on leur a demandé qui, selon eux, avait un casier judiciaire. C’était effectivement la personne qu’on s’attendait le moins. Le but de l’exercice était de ne pas se fier à ses préjugés. Rencontrez les candidats. Regardez leurs compétences d’abord. Prenez le temps de les questionner en entrevue, vous trouverez peut-être la perle rare », concluent les deux conseillères en emploi.

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