1 mars 2022
L’Ukraine et nous
Par: Deux Rives

Maire de Massueville de 2005 à 2021, Denis Marion commente l'actualité en tant que chroniqueur au journal Les 2 Rives. Photo Simon Ménard

Certains événements nous prennent par surprise, non seulement parce qu’ils apparaissent improbables, mais parce qu’ils nous prouvent que le monde dans lequel nous vivons n’est plus le même. La chute du Mur de Berlin en 1989, le démantèlement de l’URSS en 1991, l’attaque terroriste du 11 septembre 2001 et même la pandémie actuelle nous ont saisis, remués, bouleversés, remplis d’espoir pour les premiers, d’inquiétude pour les derniers. L’invasion russe en Ukraine et ses conséquences généreront-ils la même amplitude de changements?

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Confrontée pendant 45 ans à la Guerre Froide entre deux superpuissances, les États-Unis et l’URSS, la planète était inquiète, craignant une guerre nucléaire dans un monde coupé par un Rideau de fer qui s’est finalement écroulé en 1989. Comme plusieurs pays d’Europe de l’Est qui ont quitté le Pacte de Varsovie (équivalent soviétique de l’OTAN, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) et la zone d’influence russe pour se joindre à l’Europe puis à l’OTAN depuis 1997, l’Ukraine tente d’apprivoiser la démocratie et cherche à se rapprocher de l’Europe. L’Ukraine est le pays européen le plus à l’Est et partage des frontières avec la Russie.

Si la Russie de Vladimir Poutine se sent menacée par cette avancée de l’OTAN vers l’est, elle y voit peut-être une occasion de se refaire une place sur l’échiquier mondial en contestant le monde tel qu’il est devenu depuis la fin du XXe siècle et ainsi reconstruire l’équivalent de ce qu’était l’empire soviétique. Si Poutine demande que les pays d’Europe de l’Est quittent l’OTAN, il exige aussi que l’Ukraine n’y soit pas admise. Les arguments invoqués par Vladimir Poutine pour justifier une invasion armée de l’Ukraine apparaissent irrationnels et loin de la réalité; il clame que le gouvernement ukrainien est fasciste et procèderait à un génocide des populations russophones du pays.

La Russie vient de reconnaître l’indépendance de deux régions ukrainiennes sécessionnistes situées à sa frontière et, en 2014, a annexé la Crimée, une région du sud de l’Ukraine sur la mer Noire.

Pour l’instant, la Russie est assez seule dans ce conflit, la résistance ukrainienne est remarquable et les pays occidentaux ne font que commencer à réagir. La Chine, redevenue une alliée de la Russie récemment, ne l’a pas appuyée au Conseil de sécurité de l’ONU la semaine dernière. Elle est aux prises avec des mouvements autonomistes dans quelques-unes de ses propres régions (dont le Tibet et le Xingjang où vivent les Ouïghours) Elle considère sacrée la souveraineté des États et peut difficilement suivre la Russie dans la reconnaissance des républiques sécessionnistes. Mais verra-t-elle à son tour une occasion d’envahir Taïwan, dont elle ne reconnaît pas l’indépendance et qu’elle considère partie intégrante de son territoire?

La principale préoccupation des leaders occidentaux est de préparer une sortie de crise. Comment éviter une escalade aux conséquences catastrophiques? Comment montrer de la fermeté sans ajouter à la détermination de Vladimir Poutine? Un Vladimir Poutine humilié serait-il encore plus dangereux? D’un autre côté, quelles seraient, pour l’Europe et le monde, les conséquences d’une victoire russe?

Et nous?

Ces questions géopolitiques ont tendance à nous éloigner de la réalité des gens qui vivent la guerre. C’est un des dangers de ces bouleversements : déshumaniser la guerre et la souffrance.

Certains d’entre nous connaissons des gens qui, d’Ukraine, se sont joints à nous, au Québec et dans notre région. Nous partageons leurs inquiétudes pour les familles encore là-bas en mettant des visages et des noms sur la souffrance. Cela nous rapproche de cette guerre et de ses conséquences. C’est certainement une des raisons de la sympathie que nous ressentons pour l’Ukraine.

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