5 juillet 2022
Mes États-Unis
Par: Deux Rives

Maire de Massueville de 2005 à 2021, Denis Marion commente l'actualité en tant que chroniqueur au journal Les 2 Rives. Photo Simon Ménard

Au moment où j’irai passer quelques jours aux États-Unis cet été, il m’est venu l’envie de partager avec vous des réflexions sur ma relation avec notre grand voisin du sud. Mais deux décisions récentes de la Cour suprême de ce pays changent ce que j’ai envie d’écrire.

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Le temps est à la colère et à l’indignation. En deux jours, les 23 et 24 juin derniers, la Cour suprême des États-Unis est intervenue dans deux dossiers terriblement importants pour la vie en société dans ce pays : elle déclare d’une part que la Constitution américaine protège le droit d’un individu de porter une arme de poing pour son autodéfense à l’extérieur de son domicile et elle renverse une décision datant de 1973 de la même Cour, faisant perdre aux femmes le droit constitutionnel à l’avortement sur tout le territoire du pays.

Dans ce dossier, la Cour suprême renvoie à chacun des États la décision de protéger, de limiter ou même d’interdire ce droit. Déjà, en quelques jours, plusieurs États viennent de restreindre ou même interdire aux femmes de prendre des décisions pour elles-mêmes, lors d’une grossesse non-désirée.

Les franges conservatrices des États-Unis ont mis toutes leurs énergies à définir une stratégie les amenant à imposer leur vision du monde. Le point culminant a été atteint avec la présidence de Donald Trump quand trois juges conservateurs à la Cour suprême ont été nommés par le Sénat, contrôlé alors par les Républicains.

Les décisions annoncées à la fin juin sont les conséquences directes de cet activisme conservateur et, d’un point de vue québécois, totalement rétrograde.

Je me suis personnellement toujours intéressé aux États-Unis, à leur histoire, à leur culture et à leur évolution politique. J’ai marché dans les rues de Boston, où s’est faite l’Indépendance, j’ai savouré le jazz d’un festival de musique à Savannah, en Georgie, j’ai fait visiter les beaux musées du Smithsonian Institute de Washington aux plus jeunes membres de ma famille, je suis allé à l’opéra et à des concerts de grande musique à Los Angeles, j’ai longé la route 1 le long du Pacifique vers San Francisco que j’ai marchée de long en large, j’ai traversé le Colorado et les Rocheuses. Et tellement d’autres choses encore depuis 30 ans.

Je ne suis pas naïf, je sais bien que MES États-Unis ne sont pas LES États-Unis.

Aujourd’hui, je suis vraiment inquiet et j’ai de la difficulté à bien vous exprimer ma colère.

L’influence des États-Unis est immense. Chez nous également, où on voit apparaître des phénomènes qui jusqu’ici nous étaient étrangers. Je pense tant à la fameuse Caravane de la liberté qu’à la montée générale du populisme, si dangereux pour notre environnement démocratique. La démocratie est mise à mal.

Le 24 juin, le jour même où la Cour suprême américaine faisait reculer d’au moins 50 ans les droits des femmes, leur causant probablement de grandes souffrances à venir, on nous rappelait pour notre fête nationale que le Québec est un des meilleurs endroits au monde pour le travail des femmes, condition essentielle à leur indépendance.

La décision sur l’avortement au sud de la frontière nous indique combien les droits des femmes sont fragiles; et combien nous avons le devoir d’être vigilants et solidaires.

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