25 juin 2024 - 08:23
[OPINION DU LECTEUR] Attentes démesurées aux traversiers? Effets déplorables d’une planification manquée
Par: Deux Rives

Avec le retour de la saison estivale, les attentes aux traversiers provoquent leurs lots de retards. Parfois inacceptables, ils débouchent sur des réactions virulentes. Au point que le personnel doit parfois refuser l’embarquement. C’est un privilège consacré par le droit maritime. Exemple : un capitaine peut refuser l’inspection de son navire par les autorités – en revanche, elles ne lui accorderont pas la « libre pratique »…

Rien d’étonnant : avec les travaux au pont-tunnel, les usagers se sont largement rabattus sur le service de traversiers. Exactement comme il y a plus de 50 ans, mais à l’inverse, un article co-signé par l’un des géographes les plus éminents du Québec, Rodolphe de Koninck, a démontré la chute draconienne de la fréquentation des bateaux des Lachapelle après l’inauguration presque simultanée de pont-tunnel et de celui de Trois-Rivières.

En déménageant ici deux gros bateaux de la traverse du Saguenay, la Société des traversiers semble avoir prévu le coup. Les faits prouvent qu’il n’en est rien. Démonstration.

Pour une distance comparable (± 1,5 km), le débit est complètement différent. À Tadoussac, les automobiles manœuvrent, de chaque côté du mât de proue / poupe, deux à la fois. Ici, c’est, bien évidemment, deux fois plus lent, multiplié par deux : à l’embarquement, puis au débarquement! Évidemment? C’est que, à terre, la rampe est restée… à voie unique. Conséquence : les bateaux étant beaucoup plus gros, l’étranglement les empêche de maintenir la cadence à pleine capacité. D’où l’effet pervers : la surcapacité des traversiers exacerbe la durée des transbordements et favorise… l’impossibilité de maintenir l’horaire. Quand celui d’embarquement est « sauté » – parfois plus d’une fois de suite –, il devient l’irritant majeur.

Comme au Saguenay, on aurait dû prévoir un service à la demande selon l’intensité du trafic (sauf aux heures creuses…) à ± 20 minutes : l’usager peut alors s’accommoder de l’absence d’horaire fixe. Encore aurait-il fallu que les gestionnaires aient correctement et jusqu’au bout fait leurs travaux : portiques d’accès aux navires doubles et troisième traversier – comme autre/parfois à Tadoussac – en balancier sur l’eau entre les deux autres à quai.

Pour des coûts infiniment moindres que les deux gares fluviales, ces aménagements auraient garanti un service efficace, donc fluide. Ils auraient satisfait à ce que les usagers ont pressenti par leurs réflexes : une mesure de mitigation et d’atténuation adéquate à un problème notable situé 80 km plus loin! Que les administrateurs et planificateurs ont entièrement passé sous le radar!

Comme pour l’irrespect dans les municipalités, rien d’étonnant que les usagers soient excédés et que ce soit les employés au sol qui en fassent les frais. Que dirait-on du pont Turcotte si on voulait faire passer à travers ses chicanes des autobus au long cours? Aberrant, n’est-ce pas? Vu la manière dont fonctionne ce ministère se prétendant durable en prouvant qu’il ne l’est pas, le pronostic est le suivant : un jour, faute de… (??? – mettez ce que vous voulez…), il annoncera brutalement la fermeture de ce pont (l’appréhension du gouvernement et de Mme Guilbault pour justifier l’entêtement du troisième lien routier). Mais gageons qu’il a déjà dans ses cartons d’urgence un antique traversier sur câble pour piétons seulement, au bout de la rue du Roi, entre deux de ses deux rives!

Joseph A. Soltész, Contrecœur

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