7 mars 2023 - 08:02
Si peu!
Par: Louise Grégoire-Racicot

Depuis le début des années 80, Louise Grégoire-Racicot pose son regard sur la région comme journaliste à travers les pages du journal Les 2 Rives. Depuis février 2018, à titre de chroniqueuse, elle livre maintenant chaque semaine son opinion sur l'actualité régionale.

8 mars, Journée internationale des droits des femmes. Journée à garder à l’agenda pour faire le point sur le quotidien des femmes, peu importe leur origine, religion, âge, culture, identité sexuelle, situation matrimoniale, légale ou financière.

Mon féminisme a pour sa part vraiment éclos quand j’étais dans la vingtaine. Il s’est nourri à la lecture de romans et essais révélateurs de la condition féminine : Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir, Une chambre à soi de Virginia Woolf, Ainsi soit-elle de Benoîte Groulx, Toilettes pour femmes de Marilyn French, L’euguélionne de Louky Bersianik et La politique du mâle de Kate Millett.

Ces écrits m’ont ouvert les yeux sur la place alors réservée aux femmes dans la société. Comme si elles étaient d’âge mineur à vie. Un sort si peu enviable qu’il fallait se donner les moyens de changer l’ordre des choses dans un Québec alors en pleine mutation.

Il nous appartenait à toutes et ensemble de conquérir notre autonomie. Pour décider de notre sort, de notre corps, de notre avenir. Pour vivre libres de toute violence et discrimination, avoir le meilleur état de santé physique et mentale possible. Pour compléter des études supérieures, accéder à la propriété, voter et recevoir un salaire égal. Tout un projet d’une société libre, juste, égalitaire et inclusive.

Il fallait à la fois des interventions de groupe sur la place publique – que nous commencions à mieux investir – et au privé – à la maison ou au travail. Il fallait faire reconnaître nos droits et bien les protéger. Et recevoir des services plus adéquats répondant à de nouveaux besoins.

Ce ne fut pas un long fleuve tranquille. Et quand on voit encore toute cette violence faite aux femmes, toutes ces iniquités salariales qui perdurent, il y a encore des luttes à mener, surtout que les droits de la personne transcendent actuellement les approches collectives pourtant essentielles au bon fonctionnement d’une société équitable. Oui, il y a des choses qui tournent plus ronds. D’autres pas.

Il faut donc poursuivre la lutte car, énumère la FTQ, on fait encore face à « l’augmentation des violences et discours sexistes, l’exacerbation des inégalités et la montée du racisme, le sexisme décomplexé, la haine assumée, l’intolérance, la haine ».

Le 8 mars fut longtemps pour les Soreloises un temps fort de rencontres où célébrer ensemble nos victoires, saluer celles qui nous inspiraient par leur cheminement ou celles qui proposaient des façons inédites d’être autrement. C’était à la fois des retrouvailles stimulantes et festives où s’exprimait une sororité nouvelle au-delà des âges ou des conditions socio-économiques de chacune.

Oui, on peut penser, quand on constate le sort réservé aux Afghanes et Iraniennes à qui on interdit l’accès à l’école, au marché du travail et aux espaces publics ou à celui de 21 millions d’Américaines à qui on interdit l’accès à l’avortement, qu’on est gâtées au Québec. Pourtant, ici, trop de femmes sont encore malmenées par la vie, bafouées au travail, à la maison, dans la rue et dans les médias sociaux. On ne peut pas se taire.

Les 8 mars sont là pour cela. Pour ne pas oublier non plus les luttes de nos prédécesseures. Mais surtout pour préparer mieux l’avenir de nos filles et petites-filles. Le temps presse. Chaque femme compte. Une journée, c’est si peu!

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