10 octobre 2023 - 09:41
Expansion du Port de Montréal à Contrecœur
Un projet « désastreux » pour l’environnement, plaide un groupe citoyen
Par: Stéphane Fortier

Gilles Dubois, de la Vigie citoyenne Port de Contrecoeur, attend toujours des réponses sur ce que fera le Port de Montréal pour protéger l’environnement dans son expansion à Contrecœur. Photo Stéphane Fortier | Les 2 Rives ©

Le projet d’expansion du Port de Montréal fait toujours l’objet d’une contestation de la part d’un groupe de citoyens regroupés sous le nom de Vigie citoyenne Port de Contrecœur et, pour eux, il n’est pas question d’abandonner le combat.

Beaucoup de questions sur ce projet restent sans réponse, ce qui engendre de la frustration et de la colère au sein de ce groupe de citoyens composé d’une trentaine de membres. Des réponses à quoi? À des inquiétudes au niveau des impacts sur l’environnement et la qualité de vie.

Gilles Dubois, coordonnateur général de la Vigie, avance que la réalisation d’un tel projet serait désastreuse pour l’environnement. « Rien qu’en termes de création d’îlots de chaleur, on parle de l’équivalent de 96 terrains de football. Pas moins de 200 camions vont y circuler par jour. C’est aussi 1,5 million de conteneurs par année qui y circuleraient sans compter la destruction de 675 mètres de rives et une augmentation de l’érosion des berges. Et là c’est sans parler des terres agricoles qui en pâtiraient », nous dit M. Dubois. Selon plusieurs riverains, l’augmentation du trafic maritime a grandement contribué à une dégradation importante des berges au fil des ans.

Outre l’érosion des berges, ce projet d’agrandissement du terminal portuaire aurait des conséquences dramatiques, selon M. Dubois. Une de ces conséquences toucherait la faune aquatique, en particulier le poisson appelé le chevalier cuivré, une espèce menacée dont la pêche est interdite. Il s’agit de la seule espèce vertébrée dont l’aire de répartition est exclusive à la province de Québec. À l’heure actuelle, dans le plan proposé, aucune initiative n’a été prévue pour protéger l’espèce, plaide Vigie citoyenne Port de Contrecœur. « D’ailleurs, aucun plan de protection et de compensation n’a été rendu public et nous n’avons vu passer aucune étude scientifique qui appuierait ces plans », affirme Gilles Dubois.

Ce projet a vu le jour à la fin des années 1980, mais depuis ce temps, aux dires de M. Dubois, il a coulé beaucoup d’eau sous les ponts. « Le contexte économique et environnemental a changé depuis la planification du projet qui date des années 1980. Il serait temps de penser autrement, de repenser avec une nouvelle vision adaptée des choses », croit M. Dubois.

À un projet alternatif par exemple? Selon lui, il faut développer un projet valorisant l’espace commun et intégrant des activités de protection de l’environnement, d’agriculture durable, d’économie circulaire, d’accessibilité à la nature et au fleuve. « Le modèle de développement axé sur la croissance n’est pas adapté aux enjeux environnementaux et économiques soulevés par la COP15, renchérit Gilles Dubois. Il faut penser à une stratégie de développement intégré permettant la conservation des milieux naturels, rendre l’accessibilité de la population à la nature et aux berges, créer des emplois durables et de qualité, innover en agriculture durable (autonomie alimentaire, culture en serre, etc.), contribuer à la réduction des GES, empêcher la création d’un îlot de chaleur comme le fameux espace couvrant l’équivalent de 96 terrains de football et maintenir la biodiversité », conclut-il.

En attendant. M. Dubois et son groupe attendent toujours des réponses du Port de Montréal et du gouvernement fédéral.

Des avantages

La grogne des citoyens envers le projet d’expansion du Port de Montréal à Contrecœur touche surtout la questions environnementale. L’Administration portuaire de Montréal (APM) est bien au fait des conséquences que peut représenter un tel projet et il a prévu plusieurs mesures d’atténuation.

Il faut rappeler ici la justification d’un tel projet. On parle d’abord d’une expansion nécessaire pour les importateurs, les exportateurs et les consommateurs, dans le contexte où les installations actuelles du Port à Montréal arrivent à pleine capacité. Sur le site web du Port de Montréal, on peut justement y lire que le projet présentera un site permettant d’accueillir 1,15 million de conteneurs EVP (équivalent 20 pieds), deux postes à quai, une cour ferroviaire et des services connexes, en zone industrielle. Il permettra la création de 8000 emplois durant la construction et de 1200 emplois durant l’exploitation (directs et indirects) et engendrera plus de 140 millions de dollars canadiens par an de retombées économiques au pays en exploitation.

L’environnement

« Le projet d’expansion du Port de Montréal présente un souci élevé d’intégration harmonieuse dans son milieu d’accueil et un processus environnemental rigoureux », plaide l’APM sur son site Web. D’ailleurs, en mars 2021, le ministre de l’Environnement et du Changement climatique du Canada a transmis au Port de Montréal une déclaration de décision favorable pour le projet Contrecœur.

En ce qui a trait au chevalier cuivré, l’APM indique qu’il est prévu la création d’habitats favorables à l’implantation des herbiers, un projet d’amélioration de la qualité de l’eau d’un sous-bassin versant de la rivière Richelieu et un programme de bonification de la recherche sur la reproduction de ce poisson protégé de même qu’un programme de sensibilisation des usagers du fleuve aux bonnes pratiques de navigation de plaisance sont des exemples de ces initiatives.

Des mesures s’appliqueront également en ce qui a trait au hirondelles de rivage, à la rainette faux-grillon de l’Ouest et aux chauves-souris.

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