16 novembre 2021 - 08:19
Un rendez-vous manqué
Par: Louise Grégoire-Racicot

Forte d'une expérience de plus de 40 ans dans la région, Louise Grégoire-Racicot livre ses impressions dans une chronique hebdomadaire au journal Les 2 Rives depuis 2018.

Alors que des journalistes spéculent sur les raisons de la non-participation généralisée des citoyens au scrutin municipal, la MRC de Pierre-De Saurel a son village d’irréductibles : Saint-Gérard-Magella.

Cette municipalité compte moins de 300 habitants. Mais 84 % des électeurs ont voté. Ainsi se classe-t-elle deuxième au Québec pour son imposant taux de participation!

Voilà des électeurs qui ont bien su manifester leur appartenance à leur milieu. Malheureusement, le résultat du scrutin traduit un clivage quasi parfait de la population en deux camps : celui qui a approuvé la décision du conseil sortant d’aller de l’avant avec l’agrandissement presqu’entièrement subventionné du centre communautaire et leurs opposants insatisfaits clamant que cette dépense jugée non-nécessaire ait été prise sans consultation préalable des citoyens. Le vote massif découle-t-il que de clivage parfait?

Cependant, tout ne retrousse pas de la même façon dans la région. Tous les maires sortants ont été réélus haut la main, souvent comme presque tous les conseillers sortants. Les électeurs ont préféré le statu quo et certains ont pris la peine d’aller voter pour le confirmer.

Mais ces nouveaux élus ont vraiment à se demander au nom de qui ils parleront au juste. Car un grand nombre a été élu sans opposition ou encore par 37 % seulement de leurs commettants, comme c’est le cas dans les autres municipalités de notre région.

La notion de majorité simple tient toujours. Mais est-ce bien la démocratie que l’on souhaite alors que tous ces élus, choisis par peu de gens, exerceront leurs pouvoirs les prochains quatre ans sans obligation légale de consulter les citoyens, sinon pour certains règlements d’emprunts conditionnels à une signature préalable de registres?

Oui, la majorité des électeurs a négligé ou décidé de ne pas voter. Il faut souhaiter que cet état de fait n’est que circonstanciel – à cause de la pandémie, par exemple – car si jamais cela se représentait, des politiciens de paliers supérieurs pourraient avoir l’idée d’abolir la votation municipale. Alors que même si les municipalités deviennent progressivement des gouvernements de proximité, elles ne sont pas entièrement autonomes et sont des « créatures » du gouvernement provincial. Car elles dépendent de lois votées à Québec qui régissent leur fonctionnement, leur cadre, leurs droits et devoirs. Il ne faut pas oublier que Québec a aboli les élections scolaires – avant d’effacer les commissions scolaires de la carte, sous prétexte que l’on y enregistrait un taux de votation anémique.

Les élus municipaux actuels ont donc une priorité absolue : renouer avec leurs concitoyens. Leur inspirer de nouveau confiance envers les politiciens qu’ils sont et susciter leur intérêt pour la vie municipale dans ses diverses manifestations.

En campagne électorale, certains candidats ont évoqué la nécessaire fierté à redorer pour sa municipalité. Mais cette fierté ne repose pas que sur les faits d’armes d’une municipalité. Elle émane du sentiment d’appartenance des gens qui l’habitent et ont à cœur sa qualité de vie.

Cette appartenance ne se construit que peu à peu quand les citoyens partagent une même réalité, des valeurs semblables, des objectifs communs. Ils s’engagent alors, participent aux activités, s’intéressent aux enjeux. Et ils votent! L’élection et sa campagne sont des moments clés pour évaluer la situation et réfléchir à l’avenir qu’on veut réserver à sa municipalité.

Ainsi ce scrutin du 7 novembre fut un rendez-vous manqué. Pas que les élus ne sauront pas faire ce qu’il faut. Mais ils ne seront certes pas secondés par leurs commettants s’ils ne les interpellent pas vraiment. Il leur appartient donc de retisser les liens en animant leur milieu de belle façon, sans hésiter à interpeller, écouter, consulter, puis proposer et décider. Que de pain sur la planche!

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