20 février 2024 - 08:23
Une entrepreneure estime s’être fait flouer
Par: Jean-Philippe Morin

Rebecca Giard ne veut pas que cette mauvaise expérience avec Catherine Levasseur – ou Julie-Catherine Gagné – éloigne ses clientes. Photo Jean-Philippe Morin | Les 2 Rives ©

Celle qui se nomme aujourd’hui Julie-Catherine Gagné a changé d’apparence après les reportages de Québecor l’an dernier. Photo tirée de Facebook

Une ex-sommelière qui était pourchassée l’an dernier par des dizaines de clients pour des factures impayées aurait fait une nouvelle victime. Rebecca Giard, propriétaire de Pure Bar Beauté de Sorel-Tracy, estime avoir été flouée par Catherine Levasseur, qui lui devrait environ 600 $.

« Je n’ai jamais vu ça! Ce n’est pas l’argent qui me frustre, c’est que j’ai perdu des clients qui ne reviendront jamais ici parce que le travail était mal fait », dénonce l’entrepreneure.

En avril 2023, Catherine Levasseur a commencé à être une cliente chez Pure Bar Beauté à Contrecœur. Elle voulait alors subir une métamorphose. « Elle avait de longs cheveux blonds et elle voulait devenir rousse avec les cheveux courts », décrit Mme Giard.

Elle mentionne ensuite qu’elle réside à Varennes et qu’elle veut travailler pour l’entreprise. Elle soutient avoir 20 ans d’expérience comme technicienne en pose d’ongles, mais aucun poste n’est ouvert à Contrecœur.

Puis, Pure Bar Beauté déménage en novembre à Sorel-Tracy, dans la bâtisse voisine de la pâtisserie Aveline sur la rue du Roi. Catherine Levasseur revient à la charge afin de louer un espace pour un an comme travailleuse autonome en pose d’ongles. Elle évite toutefois de signer un bail envoyé par courriel.

« Elle disait qu’elle s’appelait Julie-Catherine Gagné. Elle m’a montré des photos, un site Web. Tout avait l’air crédible. Même si je faisais des recherches, ce n’était pas le même nom », lâche-t-elle.

L’entente était qu’elle devait payer chaque semaine pour la location de l’espace. Or, après trois paiements, elle n’a plus jamais payé son espace. « Elle avait toutes les excuses possibles : le père de son chum décédé, une séparation, une gastro… Je lui ai dit qu’elle devait me payer avant le 1er février, et elle a repoussé ça au 8 février. Je n’ai jamais vu la couleur de cet argent », dénonce-t-elle.

C’est alors qu’elle a découvert les nombreux reportages des médias de Québecor en mai 2023, lesquels font état de nombreuses factures impayées envers une vingtaine d’employés, fournisseurs ou clients, qui lui réclament des milliers de dollars. Elle aurait ouvert et fermé au moins trois restaurants en trois ans à Brossard et dans le Vieux-Longueuil, tout en ne payant pas d’ex-employés et autres factures. Elle aurait également, en 2013, floué des centaines de personnes grâce aux rabais Tuango en proposant des cours de dégustation de vin dans des hôtels, sans jamais se présenter sur les lieux. Elle donnait souvent des raisons personnelles pour ne pas avoir payé, comme une séparation ou la mort d’un proche. En entrevue avec le Journal de Montréal, Mme Levasseur s’était défendue en affirmant qu’il s’agissait d’un amoncellement de malchance et qu’il n’y avait aucune fraude.

Clientes insatisfaites

Pour Rebecca Giard, l’argent dû importe peu en comparaison aux clientes insatisfaites et au mauvais nom que cela a pu donner à son entreprise. « Les ongles qu’elle faisait, c’était de la merde. Je me demande même si elle était certifiée. Elle doit avoir fait une quinzaine de clientes pendant les fêtes et elle me disait qu’elles étaient contentes et qu’elles avaient booké un autre rendez-vous, mais ce n’était pas vrai. J’avais plein de plaintes. Elle scrap le nom de plein d’entreprises. »

Estelle Gaumond, qui s’est fait poser des ongles par Catherine Levasseur vers la fin décembre, n’a pas eu une belle expérience. « Elle s’est mise à me parler comme si elle avait une maîtrise en pose d’ongles. Elle voulait me convaincre qu’elle était bonne. Je voulais une simple pose d’ongles noirs. Au lieu de prendre 45 minutes ou une heure max, ça a pris deux heures et demie. C’était tellement laid que je les ai enlevés après deux jours. En plus, elle chargeait 90 $… je ne suis pas du genre à m’obstiner sur le prix, mais je n’ai jamais vu ça », témoigne-t-elle.

Jennifer Deschênes a également vécu une mauvaise expérience. « Elle semblait nerveuse. Le lendemain, quatre ongles sont tombés. Une chance que j’avais une colle pour les recoller. Elle m’a quand même chargé 80 $. »

Lorsque Rebecca Giard a dénoncé la situation sur Facebook, d’autres clients ont commenté sous la publication. « À voir les ongles qu’elle m’a faits pour Noël, clairement pas son métier […] », écrit Stéphanie Gouin.

Une employée de Pure Bar Beauté a été surprise de constater qu’elle ne voulait pas se faire prendre en photo. « C’est un peu notre travail de filmer ce qu’on fait pour promouvoir nos services, mais elle ne voulait pas, elle disait qu’elle était gênée. En même temps, ça se peut, mais quand on voulait parler d’anciens métiers ou de vie personnelle, elle ne répondait pas. Elle ne voulait pas qu’on la regarde travailler. Je l’aidais, j’aime mettre les nouvelles à l’aise, mais elle s’est mise à me sacrer après sur Messenger quand je lui suggérais de baisser ses prix », souligne Chloé Morlay-Alain.

« Je ne suis pas recherchée »

Appelée à donner sa version des faits, Catherine Levasseur a plutôt opté pour une réponse par courriel. Dans celui-ci, elle soutient avoir effectué des démarches pour changer de nom à la suite de la « quérulence des accusations formulées à [son] encontre depuis la publication des articles en mai 2023 » dans les médias de Québecor.

« Les commentaires négatifs et les jugements hâtifs ont un effet dévastateur sur ma situation générale, rendant plus difficile le processus de guérison et de rétablissement », écrit-elle, en faisant référence à une « possible faillite » et des « défis personnels » qui ont eu un « impact significatif sur [sa] santé mentale ».

Celle qui se fait maintenant appeler Julie-Catherine Gagné a donc entrepris des démarches pour changer de nom « afin de faire disparaître le stigmate associé à [son] nom dans le cadre de [sa] reconstruction professionnelle ».

« Il est important de souligner que je ne suis pas recherchée et que mon plumitif est vierge. Cette situation découle simplement d’une faillite qui a mal tourné. Je comprends la frustration de certains ex-collaborateurs, mais le fait de se lancer dans une vendetta ou encore une compétition de goudron et de plumes ne changera rien à la situation », écrit-elle.

Concernant le local chez Pure Bar Beauté, l’ex-sommelière assure qu’il s’agissait d’une location « de gré à gré, sans aucun engagement formel signé, que j’ai quitté et que la propriétaire a loué le lendemain. Le but étant simplement d’avoir un pied-à-terre pour effectuer des services d’esthétique, question de gagner ma vie, en paix ».

Mme Levasseur a conclu son courriel en invitant notre journaliste à ne pas publier l’article et qu’elle s’engage à prendre soin de sa santé mentale. « Je crois avoir subi suffisamment de préjudices par rapport à la situation plus ou moins bien rapportée par le passé », conclut-elle.

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