13 juillet 2021
Elle vit présentement dans un 3 1/2
Une famille de huit forcée de quitter sa maison remplie d’amiante
Par: Jean-Philippe Morin

Dana Chrétien, Marc-André Langlois et six de leurs enfants doivent se loger dans un 3 1/2 à Sorel-Tracy en attendant que leur maison de Massueville soit décontaminée. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

Un couple et six de ses enfants doivent se loger temporairement dans un 3 1/2 après qu’ils aient fait la découverte d’amiante dans leur maison de Massueville, ce qui les a forcés à quitter rapidement avant de tomber encore plus malades.

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Grâce à des économies, Dana Chrétien et Marc-André Langlois ont pu entreprendre des travaux pour agrandir des pièces de leur maison. Sauf qu’à tour de rôle, les membres de la famille sont tombés malades.

« Mon père et mon conjoint ont démoli la cheminée, puis pas longtemps après, ils ont eu de la misère à respirer. Le soir même, ils avaient mal à la tête, ils étaient étourdis. Quand mon père est arrivé chez lui, il a vomi noir. À partir de ce moment, tout le monde est tombé malade. On avait tous les symptômes d’une laryngite, dont un mal de gorge, mais pas de fièvre. Ça ne pouvait pas être un rhume », raconte la mère, Dana Chrétien.

Tous les membres de la famille, incluant les enfants âgés de 1 à 10 ans, se sont isolés afin de passer un test pour la COVID-19. Résultat : négatif.

Par la suite, les symptômes ont empiré. Son conjoint, Marc-André Langlois, avait une pression telle au thorax qu’il croyait faire une crise cardiaque. À l’urgence, plusieurs tests n’ont rien révélé.

En discutant avec des collègues infirmières, elle réalise que l’amiante pourrait être la cause des problèmes de santé.

« Au début, je niais. Ça ne pouvait pas être ça, on a fait inspecter notre maison et ils nous ont dit qu’il n’y en avait pas. Finalement, les symptômes sont les mêmes, alors on a appelé un expert pour venir voir la maison. Quand il est arrivé avec son instrument pour mesurer le taux d’amiante, il a dit : « vous n’êtes même pas supposés être dans la maison en ce moment » », souligne-t-elle.

Il y avait de l’amiante dans tous les murs intérieurs, alors que les murs extérieurs et le grenier étaient isolés de vermiculite. Les cheminées détruites contenaient de l’amiante pur sous sa forme la plus nocive.

Relocalisation temporaire

Comme la famille a été exposée depuis trop longtemps déjà, elle devait quitter la maison. Dana Chrétien a alors appelé sa mère, qui a un logement avec sa sœur sur la rue Angers, à Sorel-Tracy.

« C’est ma mère qui a demandé à son propriétaire de louer le 3 1/2 au-dessus. Il est en rénovation, il n’y a pas de salle de bain fonctionnelle, mais j’étais prête à prendre n’importe quoi. Pour faire à manger ou aller aux toilettes, on va chez ma mère et ma sœur en bas, on s’arrange comme on peut. On avait surtout besoin d’une place pour dormir, alors on étend des matelas partout la nuit. On essaie de garder un semblant de vie normale pour les enfants; ils continuent d’aller à la garderie ou au camp de jour », soutient Mme Chrétien.

Générosité et résilience

Tout ce qui est composé de tissu dans la maison a dû être jeté : vêtements, divans, matelas, couvertures, etc. Toute la vaisselle aussi. La facture pour la décontamination s’élevait à 60 000 $, un montant que la famille ne pouvait se permettre.

Plusieurs amis ont alors suggéré de démarrer une campagne de sociofinancement sur GoFundMe, ce qui a été fait.

« Une dame est venue de Mont-Saint-Hilaire pour venir porter du linge pour toutes les filles. Plein de gens voulaient nous donner des divans ou autres, mais on ne pouvait rien prendre puisqu’on est dans un 3 1/2. C’est fou la générosité des gens. On a eu plein de beaux dons jusqu’à maintenant, je suis quasiment gênée… », relate Mme Chrétien.

Malgré la situation, les enfants démontrent une résilience hors du commun. « Ma fille Alice, 6 ans, nous dit qu’on est devenus millionnaires parce qu’on a plein de nouveau linge. Pour elle, qui voit sa grand-mère et sa marraine plus souvent, c’est un rêve, même si pour nous, c’est notre pire cauchemar! », lance Dana Chrétien.

Junior, 10 ans, prend soin de ses petits frères et petites sœurs. « Les premiers jours, ça n’a pas été facile, témoigne-t-il. Mais après, on s’est habitués. J’essayais de leur faire faire des activités pendant que maman et papa travaillaient beaucoup. On allait se baigner, on a joué au parc. »

Le septième enfant du couple, âgé de 20 ans, n’a pas subi les symptômes puisqu’il habite maintenant en appartement.

Et la suite?

Comme les chances de gagner en poursuivant l’agent d’immeubles ou les anciens propriétaires sont minces et que les coûts seraient élevés s’ils décidaient d’entamer des démarches contre l’inspecteur, le couple veut simplement se concentrer sur la décontamination. Une compagnie spécialisée dans la décontamination lui a offert d’effectuer les travaux entre deux contrats pour 15 000 $ au lieu de 60 000 $.

La décontamination pourrait se faire dans un délai d’environ quatre mois, mais à partir de ce moment, il ne sera plus possible de rénover la maison. Même si la famille a l’espoir d’y retourner, elle sait que certaines pièces comme la cuisine sont trop petites. La possibilité de déménager ou de se faire construire fait également partie des plans. « Si on la vend, on veut s’assurer que les personnes qui vont y vivre vont être en santé! », conclut-elle.

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