30 juillet 2024 - 07:00
Une grande dame
Par: Jean-Philippe Morin

Jean-Philippe Morin, directeur de l'information du journal Les 2 Rives. Photo NathB

21 février 2011 : je vais me rappeler de cette date toute ma vie. Ma première journée au journal Les 2 Rives. Je venais d’avoir 23 ans.

Dire que j’étais intimidé était un euphémisme. Le rédacteur en chef Patrick Turgeon et le directeur Pierre Plante m’accueillent les bras ouverts dans la salle de rédaction. Dans le bureau d’à côté, Louise est là, tout sourire. « Bienvenue au journal », me dit-elle tout simplement.

Le lundi, c’est jour de deadline. La salle de nouvelles est effervescente, il faut choisir la Une pour le lendemain. Je suis directement plongé dans la nouvelle, dans l’actualité, dès mon premier jour. Je me sens immédiatement inclus dans cette petite équipe de rédaction qui était composée de deux personnes seulement pendant plusieurs années.

Dès que j’avais une question, elle prenait le temps de s’asseoir avec moi, de m’expliquer tous les tenants et aboutissants d’un dossier, d’une nouvelle. Elle me parlait avec passion des personnes et des principaux intervenants de la région. Parce que c’est ce qui l’intéressait : les gens. Elle me donnait tous les outils pour réussir. Si je suis là où je suis présentement dans ma carrière, c’est en grande partie grâce à Louise.

Puis, les mois passent et je deviens son « patron » en novembre 2013. Quel sentiment bizarre! Qu’avais-je à lui apprendre? Elle avait tout vu, tout vécu en journalisme!

Pourtant, Louise ne te faisait jamais sentir comme tel. Au contraire, elle voulait toujours apprendre. Chaque fois que j’osais la « challenger », elle prenait mes commentaires et les emmagasinait. Elle n’oubliait rien; sa mémoire phénoménale en a impressionné plusieurs et a surtout été essentielle pour la région.

Son décès survenu le 23 juillet dernier m’attriste au plus haut point. Au fil des années, j’avais développé une complicité extraordinaire avec cette grande dame. Depuis son passage de journaliste à chroniqueuse en 2017, nous nous parlions chaque semaine pour son texte du mardi. Même si elle se déplaçait moins qu’avant, elle se tenait toujours à jour en ce qui a trait à l’actualité régionale. Elle lisait, s’informait, s’y intéressait. L’information l’a toujours passionnée, même dans les derniers instants, selon ce que son mari m’a mentionné au lendemain de sa mort.

Et elle était lue! Elle recevait de nombreux commentaires à la suite de ses chroniques parfois tranchantes, mais toujours respectueuses. Elle ne critiquait jamais les individus, elle critiquait leurs décisions. Ce qui lui a valu un grand respect du milieu durant toutes ces années. Des élus s’inspiraient même de ses écrits pour prendre des décisions…

« Le journal a évolué. Le métier de journaliste aussi. Il fallait réfléchir sur les responsabilités de la démarche, l’éthique à suivre. Un métier dont le sens n’a pas changé : informer pour engendrer une meilleure démocratie », écrivait-elle dans une chronique soulignant les 40 ans du journal Les 2 Rives en 2018. Elle ne pouvait pas viser plus dans le mille et c’est ce qui me motive à rentrer au travail chaque jour.

Louise, au nom de toute l’équipe du journal Les 2 Rives, je tenais à te remercier pour ton dévouement, ta rigueur, ton professionnalisme, ton écoute, ta gentillesse, ta douceur et ta pertinence. Merci d’avoir fait réfléchir et progresser une région au complet grâce à tes actions et à tes mots. Merci d’avoir été une si grande dame pour la région, mais surtout, une amie.

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