22 avril 2022
La SQ et la Commission municipale enquêtent
Le bureau du greffier mis sous écoute par le maire de Sorel-Tracy?
Par: Jean-Philippe Morin

Serge Péloquin et René Chevalier, lors de l’assermentation des élus, en novembre dernier. Photo Pascal Cournoyer | Les 2 Rives ©

Le maire de Sorel-Tracy, Serge Péloquin, est pointé du doigt pour avoir caché un micro et une caméra dans le bureau du greffier René Chevalier, a-t-on appris de source sûre.

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Lors d’une rencontre après la séance du conseil du 19 avril, M. Chevalier a porté à l’attention des membres du conseil qu’il avait trouvé ces dispositifs dans son bureau. Les conseillers ont alors demandé qui aurait commis ce geste, ce à quoi le directeur général Carlo Fleury a répondu en pointant le maire de Sorel-Tracy.

Des sources nous confirment également que le réseau Wi-Fi reliait les dispositifs à l’ordinateur dans le bureau du maire. « Je ne peux pas répondre à ça », répond Serge Péloquin, lorsque questionné s’il a lui-même installé ces dispositifs dans le bureau du greffier.

Le maire confirme toutefois avoir suspendu un employé-cadre, en l’occurence René Chevalier, selon l’article 52 de la Loi sur les cités et villes qui permet au maire de suspendre un employé. M. Péloquin soutient que l’enquête porte sur des manquements allégués à l’éthique et au devoir de loyauté envers son employeur.

« Un rapport sera déposé au conseil lundi [le 25 avril]. À ce moment, ce sera public et vous allez comprendre le portrait, mais il faut que le rapport soit déposé avant. Deux procureurs de la Ville sont en train de préparer tout ça et il n’y aura pas de cachette, je te le garantis », ajoute le maire.

Appelé à commenter, René Chevalier a poliment décliné notre demande d’entrevue.

Le 2 mai prochain, lors du prochain conseil de ville, la situation devrait évoluer, a-t-on appris. Il n’est pas exclu qu’une résolution de non-confiance soit adoptée envers le maire et que le greffier réintègre ses fonctions, puisqu’il est requis que le conseil donne l’aval à sa suspension, ce qui pourrait ne pas se produire.

Selon des personnes contactées qui ont requis l’anonymat, le climat de confiance à l’hôtel de ville se serait grandement effrité dans les dernières semaines. L’inquiétude règnerait aussi au conseil municipal, qui se demande si le micro était placé avant le mois d’octobre, alors que René Chevalier agissait comme directeur des élections municipales.

Serge Péloquin ne s’est pas avancé sur le moment où le micro a été installé. « Une seule personne était visée. Il ne faut pas aller dans les rumeurs. Ce n’est pas une affaire qui est simple. Dans le rapport, on va comprendre ce qui s’est passé », indique-t-il.

Deux enquêtes en cours

Une enquête a été ouverte à la Sûreté du Québec. « C’est pris en charge de notre côté, confirme la porte-parole Valérie Beauchamp. La SQ prendra connaissance de la situation et les circonstances seront analysées. On déterminera après l’enquête s’il y a infraction criminelle ou non et ce sera aux enquêteurs de déposer un dossier au DPCP s’il y a lieu. »

La Commission municipale du Québec (CMQ) enquête aussi sur des événements survenus à l’hôtel de ville de Sorel-Tracy. La responsable des relations de presse et porte-porte de la CMQ, Isabelle Rivoal, n’a toutefois pas voulu confirmer l’objet de l’enquête, prétextant que celui-ci peut changer durant le processus.

« La Commission s’est saisie du dossier, assure-t-elle. On n’a pas l’habitude de s’éterniser. Des enquêteurs vérifieront des informations. On le fait toujours dans l’intérêt du public. »

Selon Me France Rivard, une conseillère juridique à la Société québécoise d’information juridique qui a réalisé une entrevue avec Radio-Canada en 2017, un employeur a le pouvoir de surveiller électroniquement un ou plusieurs de ses employés en démontrant qu’il a des motifs réels et sérieux de le faire, que son but est légitime et que la mesure de surveillance mise en place est nécessaire.

Avec la collaboration d’Alexandre Brouillard

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