17 janvier 2023
Le fameux TSO!
Par: Louise Grégoire-Racicot

Depuis le début des années 80, Louise Grégoire-Racicot pose son regard sur la région comme journaliste à travers les pages du journal Les 2 Rives. Depuis février 2018, à titre de chroniqueuse, elle livre maintenant chaque semaine son opinion sur l'actualité régionale.

L’urgence de l’Hôtel-Dieu déborde. Et le personnel s’épuise au travail. Comme d’ailleurs celui qui œuvre sur les étages.

Publicité
Activer le son

Il faut passer un certain temps à l’hôpital – j’y ai vécu récemment deux mois et demi dans trois institutions – pour constater que cette situation malheureuse prévaut partout, mais se vit différemment selon l’organisation du travail qu’on y prône.

Partout la même bête noire : le temps supplémentaire obligatoire. Le fameux TSO. Des périodes de travail qui s’ajoutent au quart habituel. Celui qu’on impose quand le volontariat ne suffit pas.

Car il y a toujours des gens qui acceptent librement de travailler 16 heures plutôt que huit. Par solidarité pour les collègues. Parce qu’ils ont plus d’énergie. Une situation familiale plus adaptée. Par quête d’un meilleur revenu. Par souci professionnel d’assurer un soin constant aux patients.

Le TSO demande de faire fi de sa fatigue et de ses engagements familiaux pour veiller au bien-être des patients. Autant que possible avec le sourire. Comme si l’obligation n’existait pas! Pourtant quand ta vie personnelle est bouleversée, tout s’ensuit. Au travail. À la maison.

Il faut avoir été hospitalisé pour réaliser tout l’apport physique et moral des infirmières et préposées à celui qui est en perte d’autonomie : confiance établie, attention minutieuse aux signaux physiques, verbaux ou gestuels qu’elles doivent décoder et noter systématiquement au dossier. Ces éléments sont essentiels au soutien moral du patient et aux médecins traitants pour les mesures à prescrire. Cela leur demande parfois une patience d’ange. Car les personnes souffrantes et parfois déboussolées par leur hospitalisation sont souvent exigeantes, voire insultantes avec elles.

Il faut les voir là dès 8 h le matin puis toujours là à 23 h pour apprécier tout le renoncement accepté – dont le bouleversement de leur vie familiale encore plus complexe pour un parent unique – pour remplir leur tâche sans paraitre contrariée, inquiète ou fatiguée. Tout patient le moindrement attentif peut constater cet état de fait et admirer ceux qui le vivent.

Tout cela pour pallier, évoque-t-on, la pénurie de personnel, l’absentéisme élevé ou des restrictions budgétaires imposées.

La convention collective permet le recours au TSO si tous les moyens raisonnables ont été mis en application pour l’éviter. Mais l’employeur doit agir de bonne foi. Car il a l’obligation d’assurer la continuité des services. Ce que celui de l’Hôtel-Dieu n’a pu toujours faire, que ce soit en obstétrique ou pour services internes et externes d’hémodialyse ou de réhabilitation.

Et si l’on cessait de considérer le TSO comme une fatalité, mais plutôt comme une cause importante de la pénurie de main-d’œuvre actuelle? Une raison pour les infirmières de quitter le secteur public pour aller vers le privé, ou prendre une pré-retraite ou une retraite bien méritée et nécessaire à leur propre santé physique et mentale.

Il devient alors un enjeu de gestion qui ne peut se résoudre qu’en collégialité. En pratiquant par exemple l’autogestion des horaires. Une façon de faire qui a fait ses preuves ailleurs. Sinon on risque de provoquer tant l’épuisement des personnels que l’apparition d’un climat toxique au travail entre employés, ce dont souffriront vite les patients.

Il importe donc notamment, pour pérenniser les services de santé ici comme ailleurs, que le TSO devienne ce qu’il aurait toujours dû être : une mesure d’exception!

image