6 février 2024 - 08:30
On n’a rien sans rien
Par: Louise Grégoire-Racicot

Depuis le début des années 80, Louise Grégoire-Racicot pose son regard sur la région comme journaliste à travers les pages du journal Les 2 Rives. Depuis février 2018, à titre de chroniqueuse, elle livre maintenant chaque semaine son opinion sur l'actualité régionale.

Après le magasin Korvette en décembre, voilà que la friperie La Grande Ourse ferme aussi ses portes. Les deux se disent victimes d’une trop importante hausse de loyer (40 % pour La Grande Ourse) pour survivre. Triste nouvelle!

Car à l’heure même où Sorel-Tracy investit des sommes importantes dans la revitalisation de son centre-ville, il comptera deux locaux commerciaux sans occupant. Comment alors faire du centre-ville une destination attrayante, un centre de services plus animé et fréquenté comme elle le souhaite?

Ces deux commerces étaient d’autant nécessaires qu’ils desservaient chacun à leur façon une clientèle moins nantie qui y trouvait satisfaction. Le premier implanté depuis 23 ans, le second depuis cinq ans. Ce dernier avait même remporté un Grand Prix remis par le Gala du mérite économique dans le secteur Commerce de détail pour la qualité de ses interventions.

Oui, cette hausse immodérée de loyer s’ajoutait inévitablement aux difficultés financières générées par la pandémie et par les importants travaux d’infrastructure entamés l’été dernier et qui, après 23 semaines, tardent à être terminés au grand dam des commerçants qui y ont pignon sur rue.

Pas que la Ville n’ait pas soutenu les gens d’affaires du secteur. Elle a participé à la campagne d’achat local (la carte Hello), a tenu une trentaine d’activités gratuites, organisé des concours et tirages et mis en ligne une page Web (Onsevoitenville.com). Sans compter un support financier ponctuel apporté à La Grande Ourse pour lui permettre de poursuivre sa mission communautaire. Ce qui n’a hélas pas empêché commerces et services d’en arracher grandement.

De fait, le conseil dispose de moyens bien modestes pour intervenir auprès de ces propriétaires privés. Son seul pouvoir en est un d’influence. Leur offrir comme elle l’a fait, des programmes d’aide au renouvellement des façades était insuffisant. Elle doit notamment, pour attirer de nouveaux occupants, y densifier l’habitation, poursuivre l’aménagement du quai Richelieu, trouver une nouvelle vocation à l’édifice Cyrille-Labelle, animer ses places publiques. Et ce pour ajouter à sa qualité de vie.

Sorel-Tracy devrait s’inspirer de l’approche qu’avait adoptée Drummondville il y a plus de 20 ans pour relancer son secteur commercial. Elle avait embauché un commissaire au commerce qui consacrait tout son temps à cette tâche. Non seulement connaissait-il comme le fond de sa poche les ressources immobilières de la ville, mais aussi, grâce à des sondages répétitifs, les besoins de ses concitoyens. Le commissaire avait repéré des investisseurs et les avait convaincus de s’établir à Drummondville. Ainsi la Ville a connu une croissance commerciale enviable qui perdure, car elle a ajouté d’autres attraits. Comme un Programme d’incubation commerciale qui accompagne les nouveaux locataires ou propriétaires occupants d’espaces vacants dans des bâtiments commerciaux en assumant leur loyer pour un certain temps. Brillant non?

Pour un bref moment, la région a eu un tel commissaire au développement commercial. Trop bref pour marquer des points, ne serait-ce que recenser les locaux disponibles et les besoins des Sorelois.

Qu’est ce qui empêcherait aujourd’hui la Ville de tenter le coup une nouvelle fois? Et éventuellement convier la région, via Développement économique Pierre-De Saurel à y adhérer. Chaque municipalité y gagnerait!

Bien sûr, notre profil socio-économique étant ce qu’il est, il faudra multiplier les efforts pour l’impacter et du temps pour y arriver. On n’a rien sans rien, veut l’adage!

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