24 janvier 2023
Une impasse
Par: Louise Grégoire-Racicot

Depuis le début des années 80, Louise Grégoire-Racicot pose son regard sur la région comme journaliste à travers les pages du journal Les 2 Rives. Depuis février 2018, à titre de chroniqueuse, elle livre maintenant chaque semaine son opinion sur l'actualité régionale.

Après avoir fièrement déposé sa politique de l’arbre en juillet dernier, voilà que le conseil municipal sorelois doit atténuer ses ambitions.

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Car il est soumis à des règlements municipaux désuets qu’il a tardé (on en parle depuis 2021) à changer pour atteindre ses objectifs.

La semaine dernière, il a autorisé un promoteur à construire trois édifices d’un maximum de six étages qui abriteront en tout 406 logements dans un secteur boisé du quartier Bourgchemin du secteur Tracy. Une entorse importante à ses projets de protection de la biodiversité. Un boisé disparaitra en partie. Dans un secteur non jugé comme zone prioritaire de développement de la ville.

Visiblement le conseil considérait qu’il n’avait pas le choix d’autoriser ce projet conforme au plan d’urbanisme et au schéma d’aménagement de la MRC. D’autant que le zonage actuel du terrain y permet ce type de construction. Ce pourquoi le conseil a suivi – ce qu’il n’a pas toujours fait – la recommandation de son Comité consultatif d’urbanisme. Menotté, il a approuvé le projet non sans préciser qu’il est arrivé à une entente avec le promoteur pour protéger le plus grand nombre d’arbres possible, réduire les îlots de chaleur que des stationnements extérieurs auraient créés, ajouter un parc et des zones tampons plus importantes.

Un moindre mal, semble-t-il dire, lui qui, bon prince, informera les résidents voisins – et ce, même si aucune signature de registre n’est requise pour que ce projet démarre. C’est bien la moindre des choses et peut être même est-il un peu tard pour le faire. Informer avant de prendre la décision aurait été plus avenant!

Rappelons qu’à l’automne, en campagne électorale, le maire Patrick Péloquin a souvent évoqué l’importance de planifier un développement durable de la ville qui passe nécessairement par la protection de la biodiversité. Ce dont ce projet n’est pas l’exemple le plus flagrant!

Et c’est inquiétant pour l’avenir à court terme. Car cette décision crée un précédent. Elle donne des munitions à 11 autres promoteurs qui, en août dernier, ont menacé la ville de poursuites si elle n’émettait pas les permis de construction requis pour ériger des unités familiales sur des terrains qu’ils avaient déjà acquis avant l’adoption de la politique de l’arbre.

Le promoteur actuel ne faisait pas partie de ce groupe. Mais il a refusé de déplacer son projet vers des terrains vacants dont ceux de l’ancienne Plaza Tracy que le conseil voudrait bien voir occupés.

Ainsi les élus sont, sans jeu de mots, pris entre l’arbre et l’écorce. Entre les décisions passées et les règles à venir pour mieux concilier le développement domiciliaire et la forêt urbaine. Entre la canopée à augmenter et la propension des promoteurs à la réduire. Entre les besoins en logements d’une population changeante et l’argent nécessaire pour offrir des services toujours plus onéreux à dispenser.

L’ajout de logements est nécessaire, la protection de la canopée déjà insuffisante aussi. La seule façon d’y arriver est d’accélérer le processus d’adoption des nouveaux règlements. Bien sûr, bien des délais légaux rythment ces changements. D’où la diligence que les élus et fonctionnaires doivent témoigner pour accélérer l’adoption d’une approche plus favorable à la qualité de vie de tous. Leur travail n’est ni simple, ni de tout repos. Mais il est essentiel et urge pour ne pas creuser l’impasse actuelle!

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