5 avril 2022
Décision trop hâtive
Par: Louise Grégoire-Racicot

Depuis le début des années 80, Louise Grégoire-Racicot pose son regard sur la région comme journaliste à travers les pages du journal Les 2 Rives. Depuis février 2018, à titre de chroniqueuse, elle livre maintenant chaque semaine son opinion sur l'actualité régionale.

Alors que le conseil de Sorel-Tracy accouchera bientôt d’une politique de l’arbre, cinq des huit élus ont voté en faveur d’un changement de zonage, permettant ainsi à des promoteurs d’abattre 50 % d’un boisé privé, rue du Collège, pour y construire 224 logements. Curieux!

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Non pas que ces logements ne soient pas nécessaires. La pression démographique augmente comme la demande de logements. Mais les retrouver à cet endroit n’est peut-être pas la solution idéale pour au moins quatre raisons.

Premièrement : éliminer en partie un boisé va à l’encontre du souci manifeste des citoyens de protéger les arbres, de les soustraire à l’appétit des développeurs domiciliaires. D’où la politique à venir de l’arbre. De nos jours, l’acceptation sociale est plus qu’un concept. C’est une condition sine qua non du succès de tout nouveau projet.

Deuxièmement : comme l’a souligné le conseiller Patrick Péloquin, ce terrain n’apparaît pas dans la liste des zones prioritaires de développement de la ville. Évidemment, les terrains de 400 000 pieds carrés sont rares. Mais faire disparaître la moitié de ce boisé, et ce, après avoir planté 150 arbres, est inacceptable pour trois conseillers. Ils n’ont pas tort!

Troisièmement : les arbres en milieu urbain forment en quelque sorte une infrastructure naturelle essentielle à la qualité de vie. Leur feuillage, en captant plus de 95 % de l’énergie solaire et 30 % de l’eau de pluie, est un bienfait pour l’environnement et la santé – amélioration de la qualité de l’air, réduction des îlots de chaleur, sols plus perméables, donc moins de pression sur les égouts et le système d’épuration municipal, etc.

Quatrièmement : parlons de l’indice de la canopée de la ville – une mesure de la couverture arborescente de son territoire. Car elle révèle notamment l’importance que la ville leur accorde. Celui de Sorel-Tracy a déjà été de 40 %, un indice respectable. Il est maintenant de 25 % seulement, signe qu’on a perdu beaucoup d’arbres parce que cibles de promoteurs domiciliaires ou de maladies et insectes. Au final, on en a planté moins qu’on en a perdu! Pourtant on se faisait une fierté, au début des années 2000, d’en ajouter des centaines au nom du développement durable. Et heureusement qu’on l’a fait, car conserver les boisés en cette période de réchauffement climatique est une arme de survie. Une mainmise locale sur demain. Mais il faut 20 ans à un nouvel arbre pour atteindre sa pleine efficacité. D’où l’importance de conserver aujourd’hui ceux qui ont déjà atteint cette maturité.

Le conseil doit donc réviser sa décision. Inspiré par des valeurs non mercantiles mais de protection. C’est ce que les contribuables attendent de lui. Qu’il voit plus loin que le bout de son nez.

Voilà donc une décision qu’il doit arrêter lui-même et non laisser des citoyens d’un secteur la prendre seuls! Une ville a le droit, moralement et juridiquement, d’imposer la protection des biens publics et patrimoniaux, même si cela se traduit par des pertes économiques pour certains propriétaires – ici, la paroisse Christ Church. Et ce, même si elle ne peut les acquérir immédiatement. Comme elle doit travailler avec les promoteurs – dont elle apprécie les efforts pour adapter leur projet à ses demandes! Le conseil a pris une décision trop hâtive qu’il doit reconsidérer. Décidément, un moratoire s’impose.

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